Le Gabon déprime le « Gri-Gri »

La couverture du journal

Le Gabon n’aurait pas apprécié que le Gri-Gri International, l’un de ses plus fidèles détracteurs, tente de revenir sur son territoire. Il a en conséquence interdit l’impression du journal satirique panafricain. Pas de quoi abattre l’équipe, habituée à ce genre de désagrégements. Interview de Grégory Protche, rédacteur en chef du bimensuel.

En juin, le Gri-Gri International a tenté de ressortir au Gabon. Pas n’importe quel pays : le président de ce riche état d’Afrique centrale fait régulièrement l’objet de critiques dans ce journal satirique panafricain. Les autorités auraient alors vu rouge en apprenant que le bimensuel souhaitait être imprimé là où il a vu le jour pour la première fois. Le Conseil national de la communication – qui a par ailleurs suspendu un mois le quotidien privé La Nation pour avoir critiqué un ministre – a expliqué dans un communiqué que le bimensuel n’avait pas demandé l’autorisation d’être imprimé en terre gabonaise. Grégory Protche, rédacteur en chef du Gri-Gri International, revient sur cette « censure » et ses conséquences.

Afrik.com : Pouvez-vous revenir sur ce qui a précédé cette décision du Conseil national de la communication ?

Grégory Protche :
Depuis trois numéros, nous essayions de réintroduire le Gri-Gri au Gabon. Nous avons fait partir un numéro là-bas grâce à plusieurs personnes. Il est ressorti en vente et a rencontré un gros succès. Nous nous sommes adressés à une imprimerie qui s’appelle La voix du peuple, on n’est pas à un paradoxe près, qui nous a assuré qu’elle imprimerait le prochain numéro. Finalement, les fichiers Xpress que nous lui avions déposé n’ont jamais été imprimés. Dans ces situations-là, on ne dit pas que l’imprimeur n’a pas eu le courage d’imprimer mais qu’il n’a pas eu le choix. L’imprimeur s’est exprimé dans les colonnes d’un quotidien gabonais pour s’excuser un peu et dire qu’il n’a pas été payé pour ne pas être imprimé. Dans le courant de la semaine dernière, le Conseil national de la communication a sorti un papier officiel selon lequel le journal ne peut être ni imprimé ni distribué.

Afrik.com : Comment expliquez-vous cette réaction ?

Grégory Protche :
L’Echo du Nord a subi la même pression suite à un article sur le directeur général de la sécurité sociale, un homme que nous critiquons régulièrement. Tout est lié au contenu de notre article sur le Gabon concernant une exploitation du fer à Belinga. Il (le président Omar Bongo Ondimba, ndlr) ressort cette annonce chaque fois qu’il est déstabilisé. On se demande pourquoi pendant 42 ans il n’a rien fait ! Tout ça, c’est de la tarte à la crème !

Afrik.com : Ce n’est pas la première fois que vous êtes interdit au Gabon…

Grégory Protche :
Si on est en France, c’est qu’on est en exil ! Il y a six ou sept ans, le propriétaire actuel du Gri-Gri avait créé le journal La Griffe. Il s’en vendait 15 000 toutes les semaines mais il a très vite été interdit à cause de son ton mordant, qui rappelle celui du Gri-Gri. Lui a été interdit de séjour et il a été victime d’une condamnation que l’on a vu nulle part ailleurs : une condamnation sans date limite d’exercer le métier de journaliste ! Dans le numéro qui sort ce jeudi, notre propriétaire a fait un point sur la censure, un article qui résume les tenants et les aboutissants de tout ça.

Afrik.com : Quelles sont les conséquences de cette non parution au Gabon ?

Grégory Protche :
Si nous étions ressortis au Gabon, notre situation économique aurait changé. Même si nous vendons au Gabon bien moins cher qu’en France, cette décision nous prive vraiment d’une rentrée financière. Mais notre grande force, c’est qu’on fonctionne sur les fonds personnels du propriétaire et à perte. Nous, on arrive pas à être corrompus ! Personne ne veut nous corrompre : on doit avoir l’air incorruptibles ou alors nous ne sommes pas assez sexy pour des corrupteurs (rires).

Afrik.com : Avez-vous des problèmes avec d’autres pays ?

Grégory Protche :
Dans certains, ce n’est même pas la peine d’entrer, comme le Togo. Pour aller plus vite, je peux citer les pays où les choses vont à peu près. Au Sénégal, on arrive à vendre et nous avons quelques abonnés. Au Cameroun, ça peut aller. En côte d’Ivoire aussi, en attendant que tout soit calme et fluide. Après, chaque pays devient un Eden inaccessible.

Afrik.com : Internet parvient-il à faire passer le message en dépit des difficultés ?

Grégory Protche :
Internet aide un peu à contourner, mais cela fait seulement depuis six mois que l’on s’occupe du site. Sur le plan financier, ça ne rapporte pas beaucoup, pour nous qui ne sommes pas encore exclusivement un site d’information.

Afrik.com : Envisagez-vous de devenir uniquement un media en ligne ?

Grégory Protche :
Parce que nous sommes dans une situation très précaire, nous avons une triple logique de développement. Nous allons beaucoup développer le site et nous tourner vers les multimedias. Ensuite, nous allons développer des trimestriels sur des thèmes plus généraux traités de façon plus didactique et pédagogique pour élargir notre public. Car pour lire le Gri-Gri, il faut déjà avoir certaines bases. Enfin, nous souhaitons faire du Gri-Gri une espèce de complément des magazines et du site, un espace de débat pour agiter de nouvelles idées sur l’Afrique.

NB : Ce n’est pas la première fois que le Gri Gri a affaire à la censure… Retour sur une aventure éditoriale compliquée.