Le fleuve Sénégal éclaire Bamako

La ville de Bamako va être alimentée en électricité dès la fin du mois d’août par le premier des cinq générateurs de la centrale hydroélectrique de Manantali déjà opérationnel. Dakar et Nouakchott suivront en 2002. Interview de Cheïbou Touré, expert en génie civil du département technique de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal, maître d’oeuvre du projet.

La capitale malienne va bénéficier d’une couverture hydroélectrique dès la fin du mois d’août. Le premier des cinq générateurs de la centrale de Manantali sur le Bafin, affluent du fleuve Sénégal a été mis à l’eau le 21 juillet dernier et il est déjà opérationnel. Après Bamako, ce sera au tour de Dakar et de Nouakchott, l’année prochaine, d’être ainsi alimentées. Le projet, initié par l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (l’OMVS comprend le Sénégal, la Mauritanie et le Mali), entend terminer les travaux pour avril 2002. Elle a spécialement créé la Société de gestion de l’énergie de Manantali (Sogem) pour administrer la question énergétique. Mais le projet est plus vaste. Il repose également sur deux autres volets que sont la navigation et l’irrigation, comme nous l’explique Cheïbou Touré, expert en génie civil du département technique de la Sogem.

Afrik : La centrale en chiffres ?

Cheïbou Touré : La centrale de Manantali de compose de cinq groupes (générateurs, ndlr) de 40 mégawatts chacun pour une production annuelle globale de 800 gigawatts. Le premier groupe a été mis à l’eau le mois dernier et tous les travaux devraient être finis en avril de l’année prochaine. La centrale va alimenter Bamako dès la fin de ce mois (août, ndlr), Dakar en avril 2002 puis Nouakchott un peu plus tard. Nous allons alimenter les trois pays à hauteur de 52% de la production pour le Mali, 33% pour le Sénégal et 15% pour la Mauritanie, grâce à deux lignes haute tension, une Est et une Ouest.

Afrik : Pouvez-vous revenir sur l’historique du barrage ?

Cheïbou Touré : C’est un projet de longue date. Du temps même de la colonisation on parlait d’un barrage sur le fleuve Sénégal. Juste après nos indépendances, nous avons créé le Comité inter-Etats pour développer l’initiative. A l’époque il y avait la Guinée (Conakry,ndlr) avec nous. Cette structure est devenue l’organisation des Etats riverains du fleuve Sénégal, disparue en 1968. C’est en 1972 qu’est née la structure actuelle, l’OMVS (basée à Dakar, ndlr), sans la Guinée toutefois, qui a quitté le groupe. Il ne reste que trois pays. Les premiers travaux de terrassement du génie civil ont commencé en septembre 1997.

Afrik : Combien a coûté le projet et qui paye ?

Cheïbou Touré : L’entreprise a coûté aux alentours de 200 milliards de FCFA (2 milliards de FF, ndlr). Les prêts ont été contractés auprès de différents bailleurs de fonds. Au Mali, au Sénégal et à la Mauritanie de rembourser les créances. Une clé de répartition a été fixée en fonction des bénéfices que chaque pays retire du projet.

Afrik : Bénéfices en matière d’électricité ?

Cheïbou Touré : Pas seulement. Car l’initiative est à buts multiples. Il y a une partie énergie, mais il y a également une partie irrigation et une partie navigation. Pour l’électricité, l’OMVS a créé la Sogem (basée à Bamako, ndlr), tandis que pour les questions agricoles, elle a créé la Saged, la Société de gestion de Diama (un barrage anti-sel à été installé à l’embouchure du fleuve Sénégal pour favoriser la production agricole, ndlr). La structure pour gérer la navigation est en cours d’étude.

Afrik : Quels sont les prérogatives de la Sogem ?

Cheïbou Touré : La Sogem s’occupe uniquement de gestion de la production. L’exploitation de la production énergétique relève d’un opérateur privé, l’entreprise Eskom (Afrique du Sud, ndlr), avec qui nous avons signé le 26 juillet dernier un accord d’exploitation de 15 ans, renouvelable. C’est cette société qui alimentera les sociétés d’électricité nationales des trois Etats et qui procédera à la facturation.

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