Le Festival SICA 2007 célèbre le renouveau des musiques traditionnelles africaines

Afia Mala

Pas moins de neuf pays étaient en compétition pour cette troisième édition des SICA (Stars de l’intégration culturelle africaine). Au cours de la soirée de gala organisée samedi dernier, au Palais des congrès de Cotonou, au Bénin, c’est la chanteuse ivoirienne Honakamy qui a remporté le prix de la meilleure artiste de musique moderne d’inspiration traditionnelle. Au total, quatre prix qui ont été décernés lors de cette cérémonie d’une grande tenue. En dépit de l’adhésion du public, ce festival, comme nombre d’événements culturels en Afrique, rencontre des difficultés d’ordre financier. Une situation qui pousse son organisateur, Alli Wassi Sissy, à déployer des trésors de volonté et d’ingéniosité pour la pérenniser.

Notre envoyé spécial à Cotonou

Honakamy« Ca me fait énormément plaisir d’avoir gagné. Quand on va ailleurs pour représenter son pays, il faut donner le meilleur de soi, et c’est ce que j’ai fait. Tout le monde a été bon, le jury m’a choisie, je rends gloire à Dieu », nous a confié, la voix chargée d’émotion, Honakamy, la lauréate ivoirienne du premier prix des SICA 2007. Ce petit bout de femme de 35 ans, au crâne rasé, sobre et énergique, a su convaincre le jury par sa justesse et sa sensibilité. Elle a aussi, en interprétant son titre Danse de la paix, répondu au plus près aux critères exigés par le comité d’organisation de la compétition qui entend récompenser, tous les deux ans, un artiste dont la musique, moderne, s’inspire de la tradition africaine et dont les textes véhiculent un message fort pour le continent.

Le jury : M. Camara, Madou, J. Dossavi, A. OuedraogoNeuf pays d’Afrique de l’ouest et centrale [[le Bénin, la Côté d’Ivoire, le Gabon, le Ghana, le Libéria, le Mali, le Niger, le Nigeria et le Togo]] se disputaient le titre suprême. Choisir parmi les artistes sélectionnés pour les représenter n’a pas été une tache facile pour le jury, composé de professionnels de la culture et des médias. Dans la salle du Palais des Congrès de Cotonou où plus d’un millier de spectateurs étaient venus supporter leurs candidats favoris, les prestations de la béninoise Nila, qui avait l’avantage de concourir à domicile, du groupe nigérien Dankowa et, surtout, de la gabonaise Espérance Ngaba ont été chaleureusement applaudies. Espérance Ngaba et ses supportersC’est d’ailleurs cette dernière qui a remporté le prix du public. « Je ne m’y attendais pas trop. J’étais un peu fatiguée ce soir. Je suis très contente parce que la tradition représente beaucoup pour moi. Un personne sans tradition est vide. J’ai vraiment hâte d’aller la représenter partout », nous a-t-elle affirmé après la remise de son trophée.

Les présentateurs font leur show

Joël KuegahChaque candidat était précédé d’un présentateur qui, avec le plus d’élégance, d’assurance et d’éloquence possibles devait introduire son champion[[parmi les neufs pays en compétition, seul le Nigeria n’a pas eu de présentateur]]. A cet exercice, où l’on a pu juger que le verbe africain n’avait rien perdu de sa flamboyance, c’est le Béninois Joël Kuegah qui, pour sa deuxième participation consécutive à la compétition, a remporté le prix du meilleur présentateur live. « La dernière fois j’ai échoué, mais je me suis dit qu’il fallait retenter parce que je ne suis pas nul. Et cette fois, ça a marché ! », a-t-il déclaré à Afrik.com.

Pour assurer la présentation générale de cette soirée des SICA 2007 diffusée en direct sur la chaîne de télévision nationale ORTB, deux animateurs, le Béninois Charles Andy Adjadohoun et le Togolais Richard Lakpasa, se relayaient dans deux langues, le français et l’anglais – afin de satisfaire les artistes et les spectateurs venus du Ghana, du Liberia et du Nigeria. Afia MalaCe sont eux qui, avec la marraine de l’événement, la chanteuse togolaise Afia Mala ont interpellé les chefs d’entreprise, le ministre de la culture, Soumanou Toléba, et les autres autorités béninoises présentes dans la salle sur les difficultés que les organisateurs avaient rencontrées pour boucler le budget. Puis, circulant dans la salle avec des corbeilles, ils les ont invités à mettre la main à la poche pour soutenir la manifestation. L’initiative a créé la surprise voire la gêne pour certains. Quelques spectateurs ont chuchoté, avec un brin d’humour et d’ironie, que les SICA s’étaient transformés en « SICATHON ».

Le combat d’Alli Wassi Sissy

Alli Wassi SissyLe président des SICA, Alli Wassi Sissy, un jeune chef d’entreprise béninois, assume parfaitement l’initiative, qui a permis de lever en quelques heures plus d’un million de Francs CFA. Pour lui, les financeurs publics et privés doivent s’engager de façon plus affirmée dans la culture : « Aujourd’hui, le mot « intégration » est dans toutes les bouches, mais seulement sur le plan économique, nous a-t-il expliqué. Or, l’Afrique a besoin de brassage culturel. La musique est une richesse, et l’héritage laissé par nos ancêtres est considérable. Mais beaucoup trop d’Africains n’en ont pas encore pris conscience. » Pour resserrer les liens entre la culture et le monde des affaires, il a créé le Prix de la Meilleure Entreprise d’Intégration, décerné à une société implantée dans un minimum de cinq pays africains. Il a été remis cette année au groupe Ecobank.

L’édition 2007 des SICA, qui a coûté quelque 160 millions de Francs CFA[[244 000 euros]], est déficitaire. L’un des plus importants sponsors privés du festival, aux prises avec des difficultés internes, s’est désisté au dernier moment. Cependant, Alli Wassi Sissy reste confiant. Pour faire l’événement gagner en notoriété et en subsides, il entend impliquer directement les chefs d’Etat du continent. Il a créé, en 2005, une récompense qui leur est destinée : le grand prix du jury. Lors de la précédente édition, c’est le président gabonais Omar Bongo Ondimba qui l’a obtenue. Mais il n’a jamais pu la lui remettre en main propre. Le président des SICA entend bien l’approcher avant la tenue de la prochaine édition qu’il souhaite organiser chaque année désormais. Pour lui, si le président gabonais reçoit cette distinction, les autres chefs d’Etats du continent lui emboîteront le pas sans difficultés et permettront aux musiques traditionnelles africaines, menacées par le nivellement amené par la mondialisation, de se développer sans perdre de leur variété et de leur exceptionnelle puissance d’évocation.

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