Le dromadaire en quelques leçons

Le dromadaire pédagogique est un livre-objet indispensable pour les amoureux du désert et… des dromadaires. Scientifiques, éleveur traditionnel et méharistes se succèdent, dans cet ouvrage dépliant, lisible à l’endroit comme à l’envers, pour donner leurs points de vue et confier leurs souvenirs de voyages.

Si vous ne faîtes pas la différence entre le dromadaire et le chameau, Le dromadaire pédagogique est le livre qu’il vous faut. Le Centre de coopération internationale en recherche agronomique (Cirad), qui en est à l’origine, a souhaité réaliser un ouvrage complet, mais d’abord facile. C’est pourquoi, en complément aux informations développées par les scientifiques, viennent s’ajouter les conseils de l’éleveur mauritanien Mohamed Aoutchiki Kriska et de deux méharistes de renom. Le livre est ainsi parsemé d’anecdotes contant les aventures de ces derniers, ce qui le rend d’autant plus agréable à lire.

Réalisé en accordéon, Le dromadaire pédagogique est consultable à l’endroit comme à l’envers. Lisez le à l’endroit et vous saurez ce qu’est un dromadaire ! A l’envers, vous apprendrez comment l’élever, ce qu’il produit, de quels maux il souffre et quelle est sa place dans la société. Ce parti pris de répartir les informations en cinq thèmes, dont un, très général, « Qu’est-ce que le dromadaire ? », amène parfois les auteurs à se répéter.

Rêveur et rancunier

Une faute mineure que l’originalité des renseignements récoltés comble facilement. Saviez-vous par exemple que le dromadaire est câlin, qu’il rêve et qu’il est rancunier ? « Un mâle dominant, maltraité par ses gardiens ou empêché de copuler au moment où il le souhaite, pour être mis de force au travail, manifeste parfois sa rancune un an après les faits (…) », explique Mohamed Aoutchiki Kriska. Il peut alors directement être amené à s’en prendre à son « tourmenteur ». Dans ce cas, poursuit l’éleveur mauritanien, « Un jugement coutumier est rendu après l’incident pour évaluer le partage des responsabilités entre l’homme et le dromadaire (…) ».

Vous apprendrez également que cet animal a été introduit définitivement en Afrique par le sud de la péninsule arabique, sous une forme domestiquée, il y a environ 5 000 ans. Une introduction récente, estime le Docteur Bernard Faye, comparé à la tentative manquée du dromadaire sauvage d’envahir le nord de l’Afrique, par le désert du Sinaï, voici deux à trois millions d’années. En Espagne, où 4 000 têtes étaient recensées en 1925, il était toujours possible de croiser un dromadaire en 1970, dans le delta de Guadalquivir.

Comme un chameau dans le désert

Mais la vraie terre d’accueil du Camelus dromadarius reste l’Afrique. 80% des 20 millions recensés dans le monde vivent sur le continent, précisément dans les zones les plus désertiques (Somalie, Soudan, Ethiopie…). La résistance à la chaleur du dromadaire est proverbiale. Alors que 15 à 30% des chèvres et moutons et 20 à 50 % des bovins meurent en cas de forte sécheresse, 95% des dromadaires survivent, selon des observations réalisées en Mauritanie. Ils peuvent rester en vie 8 à 10 jours sans manger et quelques mois en mangeant très peu, et peuvent se passer d’eau durant une semaine en saison sèche.

Le camélidé est également d’une aide indispensable pour son maître, puisqu’il est capable de détecter une source d’eau souterraine à près de 100 km de distance. Sa bosse contient entre 1 kg et 90 kg de graisse blanche. Un véritable réservoir d’énergie : « En cas d’urgence, un éleveur affamé et égaré prélève de la graisse sur un dromadaire vivant entravé, en faisant une incision avec un couteau pour la prélever », avant de refermer l’incision, explique le Dr Faye. « L’opéré s’en remet généralement », précise-t-il. Alors pour vos prochaines escapades dans les déserts africains, n’hésitez plus à préférer le dromadaire au 4X4.

Le dromadaire pédagogique, de Michel Launois, éditions du Cirad, collection « Les savoirs partagés »