Le destin d’un homme ordinaire

Il s’appelle Stéphane Geay. Français immigré à Madagascar, un pari stupide, pas si stupide en fait, l’amène à créer, en 1992, la ZOB. Système de métayage moderne, la Zébu Overseas Bank propose aux paysans malgaches d’accéder à la propriété…d’un zébu. Avec Internet pour caisse de résonance, l’expérience dépasse toutes les espérances.

Le visage rond, le regard droit et convivial et le sourire facile, Stéphane Geay semble dans son élément. A Madagascar, il est pourtant loin de son pays natal, la France, qu’il a quittée tout à fait par hasard voici plus de dix ans. Mais si le vahaza (le blanc en malgache) a le sens de l’humour, il a surtout de la suite dans les idées. Suite à un pari après une soirée très arrosée, un ami le met au défi de créer une entreprise qui s’appellerait la ZOB. Cocasse. En 1992 naît la Zébu Overseas Bank. Un système financier original pour que les paysans malgaches puissent acquérir un bien précieux animal : le zébu.

Le principe est simple. Voulez-vous acheter un zébu ? 1 600 FF. Un cadeau original à offrir ou à s’offrir. C’est chose possible avec la ZOB via Internet. Et il s’agit là, non pas d’un achat mais plutôt d’un investissement puisque vous pouvez récupérer votre mise au bout de deux ans avec à la clé 7% d’intérêt. Car bravo, vous voilà propriétaire. Sauf que votre herbivore préféré réside à Madagascar en pension chez un paysan qui l’utilisera pour le travail de la terre. Ce dernier s’engage à rembourser par mensualité à la ZOB le prix de la bête, amortie en quatre ans. Dès lors, vous pouvez sur simple demande récupérer vos deniers et clore votre  » plan d’épargne zébu « .

Coups du sort et esprit d’entreprise

Remontons quelques années en arrière. Le métro parisien. Station Miromesnil. Stéphane joue du violoncelle pour gagner sa vie. Il est pilote d’avion. Mais sa licence obtenue aux Etats Unis n’est pas valable en France. Pas de chance. Un jour, un ami pilote lui propose de l’accompagner à Madagascar pour livrer un avion. Il l’accompagne. Comme il n’a pas d’argent pour le billet de retour, il reste sur sa nouvelle terre d’accueil et décide d’y faire sa vie.

Bonne nouvelle, sa licence de pilote est reconnue dans l’île. Il peut donc voler. Timidement au départ. Il fonde peu après sa propre société d’aviation, au nom quelque peu libertin : MFS (et mes fesses). Auto-publicité audacieuse mais payante, la Madagascar Flying Service, prend son envol. Elle compte aujourd’hui vingt cinq employés et une flotte de dix-sept appareils.

Mais toujours sous le coup de son pari de créer une entreprise qui s’appellerait la ZOB, Stéphane cherchait. Et ses longues heures passées à attendre ses clients sur des aérodromes de campagne sont propices à la réflexion. La campagne, les champs, les paysans. Stéphane se met à imaginer la vie des paysans malgaches. Alors il va les voir et il discute. Leçon d’humilité.  » Entre eux et moi, il y avait la même différence qu’entre moi et une personne qui touche trois millions de francs par mois « , réalise-t-il. Plus loin dans ses conversations, il leur demande de quoi auraient-ils le plus besoin. La réponse est unanime : un zébu. Un an de salaire.

 » Il y a un truc à faire « 

 » Je me suis dit que je pouvais faire quelque chose pour eux. Pas leur donner de l’argent, ça aurait été de la charité et ce n’est pas une solution « . Il cultive le  » dédain des dons. Des dons qui faussent le terrain économique « . La solution : le prêt. Du micro crédit rural. Il tenait son idée. De la ZOB il avait la première initiale Zébu, il ne lui restait plus qu’à trouver la suite, ce sera la Zébu Overseas Bank. Il invente alors le  » plan épargne zébu « . Vendre des zébus à des riches pour les confier à des paysans qui en feraient bon usage. Mais rien n’est gratuit, avec le fruit du travail réalisé avec la bête, ils rembourseraient la ZOB par mensualités. En attendant que l’amorce du travail avec le zébu prenne, il leur fournira également dix poules qui avec la vente de leurs oeufs pourront leur permettre d’honorer leurs premières créances.

Un ami se propose de lui faire gratuitement un site pour la ZOB. Pourquoi pas. L’initiative, relayée par la presse, se répand comme une traînée de poudre. Le premier zébu sera vendu en novembre 1996. 299 suivront.  » Sans Internet nous n’aurions jamais décollé « . L’entreprise est prospère, si bien qu’il y a aujourd’hui 1 300 commandes en attente. Malgré ses huit salariés, la ZOB n’arrive pas à suivre.  » Il faut entre six mois et un an pour pouvoir avoir son zébu. Car acheter et distribuer sur place les zébus n’est pas une mince affaire. Outre les problèmes vétérinaires, il y a aussi les problèmes d’acheminement des animaux « , explique-t-il.

Tiraillé entre sa compagnie d’aviation et la ZOB, Stéphane hésite. Face à l’ampleur prise par cette dernière, l’heure du choix est proche et il le sait. Son coeur penche actuellement en faveur de ce qui n’était qu’un pari de buveur et qui est désormais une bien belle aventure.