Le conflit libyen sape le rapprochement entre l’Algérie et le Maroc

Le Maroc accuse l’Algérie de fournir des mercenaires et des armes au Colonel Kadhafi pour sa guerre contre les rebelles du Conseil national de transition libyen soutenus par l’Otan. Alger dément. Le rapprochement entre les deux pays qui devait aboutir à l’ouverture de leurs frontières communes en prend un coup.

Le conflit libyen s’invite dans les relations compliquées entre l’Algérie et le Maroc et complique leur normalisation. Alors qu’un récent rapprochement entre les deux pays avait laissé espérer la réouverture de leurs frontières communes fermées depuis 1994, le Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia, a exclu cette éventualité dans le « climat actuel » dimanche lors d’une conférence de presse à Alger. Le chef de l’exécutif algérien a accusé le Maroc d’avoir inspiré des informations selon lesquelles son pays soutiendrait militairement le colonel Kadhafi dans sa lutte contre les rebelles du Conseil national de transition (CNT). « Ces derniers temps, on observe (…) des déclarations de l’Agence officielle marocaine et une agitation du lobby officiel marocain aux Etats-Unis visant à impliquer l’Algérie dans l’envoi de mercenaires en Libye, dans l’envoi d’armes en Libye», a-t-il déclaré.

Querelle par lobbyistes interposés

Par «  lobby officiel marocain aux Etats-Unis », Ahmed Ouyahia a voulu visiblement désigner l’ancien ambassadeur américain à Rabah (1997-2001), Edward M. Gabriel. Dans une contribution publiée mi-mai dans The Hill, la gazette du Congrès américain, le diplomate accuse Alger d’avoir au moins facilité le déplacement des combattants du Front Polisario, qui se battraient aux côtés des forces de Mouammar Kadhafi. « Si les informations reçues par les responsables de l’OTAN sont justes, le Polisario et les autorités algériennes se retrouvent complices des efforts de Kadhafi d’entretenir son armée de mercenaires », écrit-il. Et de poursuivre: «  Il n’est pas concevable que des centaines de mercenaires du Polisario parcourent plus de 1000 Km depuis les camps isolés de Tindouf vers la Libye sans le soutien tacite, sinon explicite, du Polisario et de l’Algérie ». Avant le diplomate américain, des médias marocains avaient déjà fait état d’un soutien militaire apporté au régime libyen par l’Algérie.

Pour Alger, ces accusations sont mensongères. Lundi, le quotidien algérien Focus Algérie a rapporté la contradiction apportée aux propos d’Edward M. Gabriel par Gare Smith, juriste américain et ancien dirigeant du Bureau du département d’Etat américain pour la démocratie et les droits de l’homme. Celui-ci reproche à Edward M. Gabriel d’accuser « l’Algérie hâtivement et d’une manière décousue et semble avoir l’intention d’attiser davantage le différends entre le Maroc et l’Algérie que de promouvoir l’unité du Maghreb que le gouvernement marocain exprime en public ».

Selon lui, l’Algérie n’a aucun intérêt à s’impliquer dans le conflit libyen.
« Conformément à sa position de longue date de non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays, l’Algérie a déclaré publiquement qu’elle ne prend pas parti dans le conflit libyen, qu’elle respecte scrupuleusement les résolutions du Conseil de sécurité relatives à la Libye et que, comme la plupart, y compris l’Otan, elle est favorable à une solution politique à la crise libyenne », écrit-il. Évoquant la possibilité d’une présence de mercenaires du Front Polisario aux côtés des hommes du colonel Kadhafi, il explique que « les mercenaires des pays africains voyagent souvent à travers le continent pour combattre dans les guerres d’autres pays. Mais ces activités individuelles sont loin de représenter la politique étrangère de leur gouvernement ».

Pas de réouverture des frontières pour l’instant

Lors de sa conférence de presse de dimanche, le Premier ministre Ahmed Ouyahia a expliqué que son pays avait reçu, de la part d’opérateurs libyens, uniquement des demandes d’achat de médicaments et de produits alimentaires. Il a ajouté que ces demandes avaient été soumises au comité de sanctions de l’Onu pour vérifier leur conformité aux règles de l’embargo touchant le commerce avec la Libye. L’Algérie, a-t-il rappelé, a adhéré à la position de l’Union africaine, qui préconise un cessez-le-feu et des solutions politiques au conflit libyen.

La normalisation avec le Maroc voisin a pris un sérieux coup avec la querelle au sujet du conflit libyen. « Nous avons besoin d’un climat empreint de bonne foi et de confiance mutuelles entre voisins. Les dernières déclarations n’encourageaient malheureusement pas cette tendance », a déclaré, dimanche, Ahmed Ouyahia. Celui-ci a assuré que les deux pays poursuivraient leurs échanges commerciaux, mais que pour ce qui est de l’ouverture des frontières, cela « arrivera bien un jour ». Les peuples des deux pays qui avaient salué le récent rapprochement entre leurs deux gouvernements vont devoir encore attendre pour pouvoir se déplacer librement d’un territoire à l’autre.