Le cinéma en riant

Mweze Ngangura, cinéaste congolais, s’attaque aux maux de la société par le rire. L’ancien étudiant bruxellois possède aujourd’hui sa propre maison de production, Film-Sud, à Bruxelles. Regard critique sur le cinéma africain.

Mweze Ngangura a toujours privilégié la comédie au film historique.  » Mon style n’est pas apprécié par les Africains parce qu’ils préfèrent les films de karaté et les grosses productions américaines. Mes films ne correspondent pas au critère du film américain. Les autochtones considèrent les films africains comme des films culturels. Ce public a toujours été habitué à voir des films produits par les Européens et les Américains « , s’insurge le cinéaste congolais. Dans  » La vie est belle  » ou encore dans son dernier long métrage,  » Pièces d’identité « , Mweze Ngangura, installé à Bruxelles depuis des années, s’attaque aux problèmes sociaux avec l’arme redoutable du rire.  » Dans les films de fiction, il est possible de traiter de problèmes graves avec un style futile « .

Rire pour ne pas pleurer

David contre Goliath.  » En Afrique, les propriétaires de salles et les exploitants achètent à très bas prix des films sortis sur le grand écran depuis bien longtemps à l’étranger. Ils veulent acquérir les films africains au même tarif que les vieux navets américains « , se désole l’artiste. Mweze Ngangura produit des films documentaires et des fictions en relation avec son pays d’origine, le Congo. Ses films trouvent difficilement preneur. Le circuit de la distribution s’intéresse plus aux films d’action de série B qu’aux films continentaux étiquetés  » intellectuels « . Les exploitants évitent de prendre des risques financiers.  » La production africaine n’est pas pour eux un marché important. Nos films sont mal distribués car ils circulent dans les salles peu connues ou spécialisées et à des périodes de faible affluence. Cependant, ils marchent très bien dans les circuits et festivals marginaux où les intéressés affluent.  »

 » Quand j’ai écrit mon premier scénario, j’ai eu l’impression qu’il était possible pour un cinéaste africain de se libérer du goût de son public. C’est un masque de militantisme que de chercher à se mettre à la disposition du public « . Cet avant-gardiste n’écrit pas un scénario en fonction du public africain. Il refuse de se soumettre au  » diktat du public « . Il préfère écrire une histoire qui lui tient à coeur et si cela plaît au public, tant mieux.

L’art et la rentabilité

Il est difficile d’imposer son style et de faire circuler un film dans le continent africain. Ses comédies ne sont pas rentables. La promotion des films est des plus aléatoires.  » En Afrique, il n’existe pas de star système. Les Africains connaissent les vedettes américaines très médiatisées mais non les acteurs de leur continent « , souligne Mweze Ngangura. Pour la promotion d’un film, le cinéaste congolais ou africain n’a pas la possibilité de mettre en avant la qualité et la  » rentabilité  » des acteurs.  » Les cinéastes devraient s’atteler à former des acteurs professionnels, pour implanter leur culture cinématographique « . Les professionnels de la communication pourraient s’appuyer sur ces  » stars  » pour faire la publicité du film, en plus des campagnes traditionnelles d’affichage.

L’ancien étudiant bruxellois, qui vit en Belgique depuis 1970, se plaint du manque d’enthousiasme des autorités africaines pour le septième art.  » Mes productions ne sont pas financées par les Etats, les télévisions ou les distributeurs africains. Je fais appel aux sources de financement belges et françaises « , s’attriste Mweze Ngangura. Pourtant, il ne perd pas espoir de produire, encore et encore, des films en Afrique et sur l’Afrique. Avec deux fictions dans ses bagages, il estime que l’avenir est encore devant lui. Nous aussi.

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