Le Botswana champion d’Afrique de la bonne gouvernance

Récompensé pour sa bonne gestion des ressources diamantifères et pour son implication dans la lutte contre le Sida, l’ancien président botswanais Festus Gontebanye Mogae a reçu lundi à Londres, le Prix Mo Ibrahim de la « bonne gouvernance ». Seule ombre au tableau : les Bushmen, premiers habitants d’Afrique australe, qui luttent pour retourner sur leurs terres ancestrales dont ils ont été spoliés.

5 millions de dollars sur dix ans et 200 000 dollars annuels à vie, c’est la somme que vient de toucher Festus Gontebanye Mogae. Récompensé par le Prix Mo Ibrahim 2008 pour la bonne gouvernance, l’ancien président du Botswana, au pouvoir d’avril 1998 à avril 2008, s’est distingué pour sa bonne gestion des ressources du sous-sol botswanais et pour sa lutte contre le sida.

« Le remarquable leadership du président Mogae a permis de garantir au peuple botswanais la poursuite de la stabilité et de la prospérité dans un pays confronté à une pandémie de SIDA dont l`ampleur menaçait gravement son avenir», a déclaré Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations-unies et actuel président du comité d’attribution du prix. Dans ce pays d’Afrique australe qui compte deux millions d’habitants, près de 270 000 personnes sont séropositives et l’espérance de vie est passée de 65 à 40 ans en raison de la maladie. L’ancien chef d’Etat, qui a quitté la présidence le 1er avril 2008 après dix ans à la tête du pays, a alloué en février dernier près du quart des dépenses publiques botswanaises à la lutte contre la pandémie.

« Dans un continent où trop souvent la richesse des sous-sols s’est transformée en malédiction, le Botswana a su démontrer qu’un pays doté de ressources naturelles pouvait, par une gouvernance de qualité, parvenir à un développement durable », a ajouté Kofi Annan. Avec un PIB de 70 $US par habitant au moment de son indépendance en 1966, le Botswana a connu pendant une trentaine d’années un taux de croissance avoisinant les 9% par an. Permise par les riches ressources en diamant du pays qui contribuent à hauteur de 38% au PIB, la croissance annuelle est aujourd’hui de 5%. Le Botswana montre ainsi la voie à des pays comme la Sierra Leone et la République Démocratique du Congo en proie à des guerres de prédation.

Tout le monde ne se réjouit pas de cette récompense

L’organisation anglaise de défense des peuples indigènes « Survival International » a rappelé la spoliation des Bushmen par le gouvernement botswanais en 2002. Expulsées de leur terre ancestrale du Kalahari pour des raisons « écologiques et environnementales » d’après les autorités, ces populations autochtones sont parquées dans des camps et interdites de chasse et de cueillette qui constituent pourtant leur mode de vie principal.
Le directeur de Survival International, Stephen Corry, a ainsi déclaré : « La bonne gouvernance exige le respect des minorités ».

Les droits de l’Homme font pourtant partie de l’ « Index Mo Ibrahim » utilisé pour définir la « bonne gouvernance » et évaluer les progrès des pays africains.

Fondé en 2006, le prix Mo Ibrahim de l’homme d’affaires soudano-britannique éponyme, a récompensé l’année dernière Joaquim Chissano, ancien président du Mozambique.

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