La vague islamiste n’a pas gagné la Libye

Contrairement à l’Égypte et à la Tunisie, les islamistes n’ont pas convaincu en Libye lors des élections législatives du 7 juillet. Ils ont largement été battus par la coalition menée par Mahmoud Jibril, l’ex Premier ministre. Plus d’un an après la chute du régime de Kadhafi, la lutte pour le pouvoir est engagée. La nouvelle géographie politique du pays se dessine. Mais les islamistes peinent à se frayer un chemin pour trouver leur place.

Les islamistes n’ont pas atteint le cœur des Libyens. Le parti pour la justice et la reconstruction (PJC), issu des Frères musulmans, a été largement battu par les libéraux de l’Alliance des forces nationales (AFN), coalition menée par l’ex Premier ministre Mahmoud Jibril. Les libéraux ont obtenu 39 sièges. Le PJC n’en a récolté que 17 sur les 80 réservés aux formations politiques dans la nouvelle Assemblée. Les 24 sièges restants ont été brigués par une vingtaine de petits partis locaux. Cette Assemblée, intitulée Congrès national, sera composée de 200 membres. Les 120 autres sièges restant étant réservés au scrutin uninominal.

Une lutte s’engage désormais entre les différents partis politiques pour attirer ces candidats libres afin d’obtenir la majorité la plus large. Il est pour le moment encore trop tôt pour savoir qui dominera la nouvelle Assemblée. Le nombre de ces « électrons libres » est en effet suffisamment important pour inverser la tendance. Les islamistes, eux, espèrent rallier la vingtaine de petits partis pour recoller les morceaux de leur échec. Mais la tâche est ardue. Le PJC a un sérieux handicap. Diabolisé sous le régime de Mouammar Kadhafi, la plupart des Libyens l’associent au parti des Frères musulmans égyptiens. Les électeurs font davantage confiance à Mahmoud Jibril, voyant en lui l’homme de la situation pour redresser le pays.

Mahmoud Jibril, leader charismatique

Mahmoud Jibril a joué la carte du rassemblement. Sa stratégie s’est révélée payante. « En ces temps difficiles pour la Libye, nous ne devons exclure personne. Dès le début de la campagne, nous avons appelé au rassemblement le plus large possible», a assuré Hammada Siala, porte-parole de l’AFN. Mesuré et posé, le leader de la coalition incarne pour les Libyens la rupture avec la personnalité fantasque de Mouammar Kadhafi. Professeur d’économie respecté, il a su réunir 50 partis politiques sous sa coupe. De plus, dès le début de la révolte contre le régime de Kadhafi, il s’est élevé contre le pouvoir, gagnant la sympathie des Libyens. Le chef des libéraux a un autre atout de taille. Il est membre des Warfallahs, la plus grande tribu en Libye. Un avantage qu’il a su exploiter. Mahmoud Jibril a une devise : on peut être libéral et un bon musulman. « Mes voisins vous diront que je suis un bon musulman; je fais mes prières; j’ai fait le pèlerinage à La Mecque ». Toutefois il refuse d’être taxé de laïc, affirmant être un conservateur.

Des islamistes en quête d’une place dans le nouvelle Libye

Les islamistes n’ont pas manqué d’exprimer leur amertume face à leur échec. Pour Mohammed Sawan, fondateur du PJC, Mahmoud Jibril a « trompé » les électeurs. « Jibril ne s’est pas présenté au peuple comme un libéral. Les Libyens ont voté pour lui car ils le considèrent aussi comme un islamiste », a-t-il déclaré lors d’un entretien accordé au journal en ligne Libya Herald. Il pointe aussi du doigt la position plus modérée de Mahmoud Jibril sur la question de la charia. Ce dernier autorise un État civil même si la Constitution fera référence à la loi islamique. « Jibril pense que la charia ne doit concerner que certains aspects de la vie. Dans l’islam, il n’y a pas à prendre ceci ou cela. Le gouvernement doit renforcer l’islam dans tous les domaines de son travail », renchérit le leader islamiste.

Les islamistes vont devoir redorer leur blason pour gagner le cœur des Libyens. Mais la tâche est ardue. Les dés sont jetés. La nouvelle carte politique libyenne se dessine. Chaque partie, chaque tribu, chaque mouvance tente de se frayer un chemin pour s’imposer dans la Libye post-Kadhafi. Les islamistes n’ont, eux, pour le moment pas trouvé leur place.

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