Du printemps arabe à l’automne islamiste

Depuis l’émancipation des peuples tunisiens, égyptiens et libyens, nous assistons à une montée en puissance de l’islamisme dans le milieu politique de ces pays. Florilège.

Les chutes de Ben Ali, en Tunisie, de Moubarak, en Egypte, et dernièrement de Kadhafi, en Libye, ont donné l’occasion aux partis islamistes de revenir sur le devant de la scène politique.

Le premier pays à avoir ouvert le bal du Printemps arabe, la Tunisie, a vu renaître un parti jeté aux oubliettes par Zine El Abidine Ben Ali : Ennahda. Durement réprimé sous Bourguiba comme sous Ben Ali, pas moins de 30 000 militants d’Ennahda ont été emprisonnés dans les années 1980. Désormais tout cela est de l’histoire ancienne. Le parti, dirigé par Rached Ghannouchi, a su orchestré un retour en puissance dans la vie politique jusqu’à arriver en tête des élections législatives du 23 octobre avec 41,47% des voix.

En Egypte, d’après l’agence officielle Mena, 35% de la population soutiendrait les Frères musulmans tandis que 21% s’y opposent. Et 58% des Egyptiens ne se voient pas élire un président non musulman. Cette organisation islamiste fondée en 1928 par Hassan el-Banna a pour principal objectif : la renaissance de l’islam. Toléré du temps d’Hosni Moubarak mais sans réel poids politique, la confrérie des Frères musulmans a profité du soulèvement en Egypte pour fonder un parti légal afin de participer aux élections et à la vie politique du pays. Désormais, les Frères musulmans deviennent le Parti de la liberté et de la justice (PL J).

La Libye a adopté une posture radicale. Adieu le Livre vert de Kadhafi, le président du Conseil national de transition (CNT), Moustapha Abdeljalil, a affirmé, le 12 septembre, que la charia, la loi musulmane, constituerait la principale source d’inspiration du droit libyen. Une déclaration confirmée le 23 octobre lors de la proclamation officielle de la libération de la Libye. Moustapha Abdeljalil avait alors réaffirmé la volonté du CNT de voir une Libye régie par la charia. « En tant que pays musulman, nous avons adopté la charia comme loi essentielle et toute loi qui violerait la charia est légalement nulle et non avenue », a-t-il déclaré.

Explications

Joint par Afrik.com, le sociologue et politologue Vincent Geisser apporte un éclaircissement pour comprendre cette remontée des courants islamistes. D’après lui, « les partis ne sont pas les mêmes partout, il ne s’agit pas d’un mouvement monolithique. » Il explique que ces partis islamistes ne souhaitent pas instaurer de régime islamique. Il s’agit de « courants conservateurs » comme l’on peut en trouver aux Etats-Unis ou ailleurs. « Les gens ont besoin de repères. Après tant d’années de dictatures dans ces pays, s’ils votent pour ces partis islamistes c’est parce qu’ils aspirent à un retour de l’ordre morale et politique », affirme-t-il.

La victoire d’Ennahda en Tunisie n’a pas été une surprise. De précédents sondages positionnaient le parti en tête. Beaucoup de Tunisiens se sont reconnus dans les discours du parti Ennahda. « Ce sont des discours identitaires qui prônent l’ordre moral, l’importance de la famille et le retour au travail. Ennahda a mis l’accent sur le retour à la normalité et la stabilité. Et c’est précisément ce que recherche les Tunisiens », précise M. Geisser.

Un islamisme Moderne ?

Fini les discours extrémistes. Désormais, les islamistes se mêlent avec modernité à la population. A ce propos, Vincent Geisser évoque une « modernité conservatrice à l’américaine ». Ce sont des partis qui se « normalisent ». « Les islamistes sont des politiques qui agissent comme certains partis occidentaux. Ils utilisent la peur pour atteindre leur but », lance Vincent Geisser. L’occident n’aurait pas à s’inquiéter. « Les islamistes ne font plus rêver comme dans les années 1980, aujourd’hui ce sont des partis ultra-libéraux. » En fait, Tous ont déclaré ne pas s’opposer à la continuité des échanges politiques et économiques avec l’occident. « Ce que souhaitent ces partis islamistes c’est avant tout d’instaurer une législation issue de la charia et un retour aux valeurs morales. Le mot Charia fait peur mais c’est un terme générique pour désigner la loi. Au Maroc par exemple, les lois sont tirés de la charia, pourtant Mohammed VI n’est pas un méchant taliban », explique Vincent Geisser.

Quant à la crise libyenne, le politologue pense que les Libyens doivent absolument se détacher de l’Otan et se prendre en charge. Selon lui, « c’est dans l’intérêt des Libyens que de se s’éloigner de l’Otan et créer une souveraineté nationale. »