« La traite des footballeurs africains doit s’arrêter »

Il est malheureusement trop facile pour les jeunes footballeurs africains de se laisser séduire par les sirènes du football européen. Alléchés par les promesses de recruteurs plus ou moins sérieux, les adolescents quittent tout pour aller « faire carrière ». Mais beaucoup resteront sur la touche abandonnés à leur triste sort. L’association Culture Foot Solidarité, créée en 2000, entend protéger les jeunes talents du continent et développer le concept d’un foot solidaire, où l’Afrique ne serait pas vidée de ses meilleurs éléments sans en tirer parti. Interview.

Par Nadège Ouinsou

Beaucoup d’appelés et peu d’élus. La loterie du football européen attire de nombreux jeunes Africains qui croient tous, ou du moins à qui les recruteurs font tous croire, en leur chance. Mais quand l’aventure tourne court, l’échec a souvent le goût de la solitude. C’est entre autre pour lutter contre cette détresse et ce gâchis que Jean-Claude Mbvoumin, footballeur professionnel et ex-international camerounais des Lions Indomptables a créé, en 2000, l’association de solidarité internationale, Culture Foot Solidaire. Militant de pratiques plus éthique et équitable dans le milieu du ballon rond, il défend à travers une « charte du foot solidaire » l’idée d’un football où l’Afrique ne serait pas qu’une mine gratuite de talents pour l’Europe. Une remarquable initiative pour de multiples projets.

Afrik.com : Pourquoi avez-vous mis en place une telle initiative ?

Jean-Claude Mbvoumin :
Je suis moi-même footballeur et lorsque j’évoluais à un niveau supérieur, j’ai été sollicité par de nombreux joueurs en difficultés. J’ai alors décidé de monter cette association avec un groupe d’amis. 95% des jeunes Africains qui viennent en Europe pour entreprendre une carrière de football se retrouvent à la rue. Aucune structure adaptée n’existe pour eux. Nous ne devons pas oublier les milliers d’enfants qui restent sur le bord de la route. L’association vise à protéger le droit de l’enfance. D’autre part, nombreux sont les footballeurs africains qui évoluent dans des clubs en France. Mais il n’y a pas de retour en Afrique pour les populations locales. L’association souhaite endiguer le phénomène et rendre au football africain ce que l’Europe lui doit.

Afrik.com : Quels sont vos partenaires?

Jean-Claude Mbvoumin :
Nos partenaires institutionnels sont le ministère français des Affaires Etrangères, l’ambassade du Cameroun en France, le ministère français de l’Intégration, l’Union Nationale des Footballeurs professionnels (UNFP), le Conseil général du Val d’Oise, la ville de Saint-Gratien, et la ville de Vénissieux. Nous bénéficions également du soutien de quelques personnalités telles qu’Aimé Jacquet (ex sélectionneur de l’équipe de France), Roger Milla, (ancienne star de l’équipe de foot nationale du Cameroun, les Lions Indomptables), Jean-Luc Gripond (président du FC Nantes), Edouard Landrain (Député de Loire-Atlantique, président du groupe d’études sur le sport à l’Assemblée Nationale), et Mouss Diouf (comédien).

Afrik.com : Quels sont vos projets ?

Jean-Claude Mbvoumin :
Ce ne sont pas les projets qui manquent. L’association envisage au mois de septembre d’ouvrir les portes de la Maison des jeunes footballeurs (MJF) au Cameroun. Une conférence de presse a eu lieu le 10 février pour présenter l’initiative. Cette structure aura pour mission d’agir en amont afin de limiter la déperdition de talent pour le football en Afrique. Aujourd’hui, la carrière des footballeurs africains évolue toujours au petit bonheur la chance. Beaucoup trop de jeunes se retrouvent sans rien en France. Il faut que tous les faux agents, les négriers cessent de piller l’Afrique. La traite des footballeurs doit s’arrêter. L’Afrique doit profiter de ses footballeurs. Il ne faut plus que le droit des enfants et la dignité humaine soient bafoués. A partir du mois de septembre, sera également mis en place un projet d’accompagnement à l’intégration. Cette initiative a pour but l’intégration, l’accompagnement et le suivi des jeunes joueurs en cas d’échec. La compétition dans le monde du football est très forte. Elle est d’autant plus difficile à gérer pour un enfant dont la famille se trouve à des milliers de kilomètres.

Afrik.com : Etes-vous connus en Afrique ?

Jean-Claude Mbvoumin :
Nous sommes effectivement connus à travers de nombreux pays d’Afrique francophone. Nous recevons des appels en provenance de pays tels que la Tunisie, la République Démocratique du Congo, le Sénégal, le Gabon ou le Togo. Les personnes qui nous contactent nous connaissent surtout par le bouche à oreille. Nous avons choisi le Cameroun comme pilote. Etant d’origine camerounaise, je connaissais bien le terrain. Les réalités camerounaises ne diffèrent pas vraiment de celles du continent africain en matière de foot. En outre, nous avons créée en juin 2001, dans la ville de Kribi, l’académie foot de Kribi. Il s’agit d’une école de football, qui compte une centaine de filles et de garçons âgés de huit à dix-huit ans, encadrés par cinq éducateurs. Nous comptons sur l’engouement que suscite le football pour que de nombreux pays africains accueillent eux aussi une MJF. Nous aimerions également que la diaspora prenne conscience des difficultés que rencontrent les joueurs africains en Europe. Tous ceux qui voudraient les aider sont les bienvenus au sein de notre association.

Afrik.com : Comment subventionnez-vous vos projets ?

Jean-Claude Mbvoumin :
Les quatre premières années sans aucune subvention publique. L’école de Kribi a pu être construite grâce à des clubs de foot qui nous ont donné du matériel. Nous avons aussi reçu le soutien financier de quelques particuliers. Ce n’est qu’en 2004 avec l’élaboration du projet sur la MJF que nous avons commencé à solliciter des aides publiques. Cependant, l’association ne veut pas vivre sur le dos du contribuable. Le but est de trouver des organismes qui nous aident à voler de nos propres ailes. Nous sommes à la recherche de partenaires à travers l’Afrique. Nous faisons également appel à tous les footballeurs africains désireux de défendre la cause du football africain.

 Visiter le site de Footsolidaire.org.