La nuit du doute

Chaque année, le milliard de musulmans dispersés à travers le monde attendent avec impatience l’annonce du début du mois de jeûne, le Ramadan. Mais calculs scientifiques ou observation empirique de la lune, aucune méthode ne semble pouvoir mettre d’accord les différentes instances religieuses nationales.

De notre partenaire Le Quotidien d’Oran

« Jeûnez après l’observation (du croissant, ndlr) et célébrez la fin (du ramadan) après l’observation », dit le Prophète Mohammed dans un hadîth (règle musulmane), pour distinguer le début et la fin du 9è mois lunaire islamique, consacré au jeûne par les musulmans. Une directive que ces derniers respectent en scrutant l’horizon après le coucher du soleil, pour tenter de distinguer la fin du dernier croissant de lune et déterminer le début du mois de jeûne. Si ce croissant est signalé, le ramadan débute le lendemain. Sinon, il commence le surlendemain. Cela a l’air simple mais chaque année, les musulmans du monde entier commencent le ramadan en ordre dispersé, parfois dans un même pays.

La science au service de la religion

On distingue ainsi ceux qui optent pour la ligne de l’Arabie Saoudite – encore détentrice de la légitimité symbolique de part la présence sur son sol de nombreux lieux saints, dont la Mecque – et ceux qui font leur propre choix, selon des institutions officielles convoquées à date fixe pour annoncer le début du mois de jeûne à l’issue de leur observation – la nuit du doute. En Arabie Saoudite, le Haut Conseil de justice a indiqué samedi que «le croissant de lune du mois de Ramadan n’est pas apparu cette nuit ». Que dimanche serait « le dernier jour du mois de chaâbane et lundi le premier jour du Ramadan ». Les six monarchies arabes du Golfe – Koweït, des Emirats arabes unis, du Qatar, du Bahreïn et d’Oman – ont elles aussi retenu la même date après observation empirique de la lune.

La polémique sur la date en est même venue, depuis un temps, à impliquer des intervenants scientifiques, partisans du calcul rationnel du calendrier. Pour eux, au contraire des millions de pratiquants qui attendaient samedi le verdict de « la nuit du doute », le doute, précisément, n’est plus permis. C’est le cas en Algérie, où le Dr Jamal Mimouni, de l’Institut de physique de l’université de Constantine et membre de l’association Sirius d’Astronomie, a été lors du précédent Ramadan au cœur de la polémique. Cette année, il a indiqué qu’il était «rationnellement impossible que le Ramadan soit le dimanche 26 octobre. La complétion du mois de Chaâbane» impose que le début de Ramadan soit le lundi 27 octobre. Toute prétention d’une vision du croissant lunaire dans la soirée du samedi « ne peut être que rejetée et considérée comme erronée».

A chacun son heure

Calculs scientifiques ou observation empirique ? Aucune ne semble pouvoir mettre les pays musulmans d’accord. Ainsi, la Libye avait tranché le débat depuis deux jours déjà, en décidant de débuter le Ramadan dimanche. Le pays du Machrek avait pourtant utilisé la formule des calculs astronomiques du Dr Mimouni. L’Egypte, où le mufti de la République, cheikh Ali Gomaa, a expliqué que le croissant de lune a été observé au coucher du soleil, à l’oeil nu, dans le sud du pays a également commencé à jeûner dimanche, tout comme la Jordanie, le Soudan et le Yémen.

Mais cette année, de nombreux pays se sont rejoins sur cette même date du 27 octobre. C’est le cas du Liban, en se fondant sur l’observation de la lune, et de la Syrie, sur les calculs astronomiques. Même en France, l’importante communauté musulmane a été mise d’accord pour la première fois de l’histoire par le Conseil français du culte musulman, qui a fixé le début du Ramadan au 27 octobre. D’habitude, Marocains, Algériens, Turques… se fient tantôt à la Mosquée de Paris, tantôt à leur pays d’origine, ou encore à l’Arabie Saoudite.

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