Les jeunes face au Ramadan

Le Ramadan débute ce lundi. Loin de leur pays natal ou d’origine, la majorité des musulmans de France célèbrent le mois sacré. Ceux qui n’observent pas cette période de jeûne font tout de même preuve de respect pour ce pilier de l’Islam. Témoignages.

Le Ramadan a commencé ce lundi dans le monde. Un mois de jeûne au terme duquel, si toutes les règles ont été respectées, les fidèles seront absous de leurs péchés. Des musulmans vivant en France, croyants ou non-croyants, pratiquants ou non-pratiquants, jeunes ou moins jeunes, livrent leur sentiment sur ce que leur inspire ce pilier de l’Islam. Morceaux choisis.

Rédouane, algérien, 26 ans

« Je suis en plein doute en ce qui concerne la religion. Le Ramadan est pour moi le seul pilier de l’Islam qui ne soit pas contraignant et qui me permette de garder contact avec ma culture. C’est aussi l’occasion de sentir que j’appartiens à une communauté. Des millions de gens ont faim en même temps et rompent le jeûne au même moment. Comme ma famille vit dans la région Rhône-Alpes, je ne partage pas cette atmosphère avec eux. Mais l’animation dans certains quartiers de Paris (Barbès ou le Boulevard Ménilmontant), où les gens achètent des pâtisseries, le mtlouh(pain algérien, ndlr) et de quoi fêter la fin du jeûne, me rappelle que je ne suis pas seul. D’ailleurs, il m’est arrivé de rompre le jeûne en dînant au restaurant avec des amis. »

Youssef, marocain, 26 ans

« Le Ramadan est avant tout un mois béni, où les bonnes actions ont une bien plus grande valeur. Dans cette période, une prière en vaut 700. Jeûner nous rapproche de ceux qui souffrent de la faim, mais nous permet aussi d’accéder à plus d’humilité et de modestie. C’est un rapprochement avec l’éternel, une recherche de pureté qui passe par une lecture plus approfondie du Coran et plus d’invocations. Si aucune entorse n’a été commise pendant le jeûne, tous les péchés de l’année précédente sont effacés. A la fin du Ramadan, je me sens toujours plus serein. »

Bintou, burkinabé, 14 ans

« Ça fait trois ans que mon frère et moi avons commencé à faire le Ramadan. Ce mois de jeûne me permet de me rapprocher de la culture musulmane et de ma famille qui le fait au pays. Mes parents ne le font pas, mais je m’adapte. Arriver à tenir jusqu’au bout la souffrance que vivent les gens pauvres me donne beaucoup de satisfaction. Plus tard, j’espère m’investir dans la religion, et je pense que faire le Ramadan est un bon moyen pour commencer. Et je lis aussi des livres sur l’Islam. »

Abdlatif, antillais, 26 ans

« Le mois du Ramadan est un mois exemplaire qui devrait être renouvelé toute l’année. C’est un moment de recueillement, l’occasion de combattre ses mauvais démons, de devenir plus humains et de pardonner. C’est encore plus vrai dans le cas des convertis, comme moi, qui doivent faire face à l’incompréhension de leur famille. Nous n’avons pas l’ambiance du partage familial associé au Ramadan. Mais à Saint-Brieuc (nord-ouest, ndlr), où il y a beaucoup de gens convertis, l’Association islamique de la ville s’arrange pour qu’on ressente l’esprit de solidarité. Chaque soir, à tour de rôle, une famille nous prépare à manger. »

Imad, tunisien, 28 ans

« J’ai fait une fois le Ramadan parce que ma mère avait beaucoup insisté. Mais même si je respecte ceux qui le font (sans pour autant les mettre sur un piédestal), j’ai jeûné plus pour faire plaisir à ma mère que par foi en l’Islam. Et je pense qu’il faut vraiment être très pratiquant pour le faire. Certains se conduisent mal onze mois sur douze et pensent que parce qu’ils font le Ramadan, ils sont de bons musulmans. Dans mon état d’esprit actuel, ça ne m’apporterait pas grand chose de le faire. Mais si un jour j’ai la foi, je le ferais. »

Souleyman, burkinabé, 23 ans

« J’ai fait le Ramadan une fois quand j’étais plus jeune. Je ne savais pas trop où j’en étais avec la religion et je voulais voir si j’étais capable de le faire. A l’époque, ça ne m’a pas apporté grand chose spirituellement. Par ailleurs, je considère que le Ramadan doit être pratiqué au même titre que les autres piliers de la religion. Mais j’aime bien le concept : partager la souffrance des gens qui ont faim, même si on ne vit qu’une partie infime de ce qu’ils endurent parce qu’on sait qu’on aura de quoi manger le soir. Mais je trouve que le mois du Ramadan ‘lisse’ les choses, on est un peu plus égaux pendant cette période. »

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