La Libye chasse les clandestins

La Libye mène depuis mercredi une vaste opération destinée à bouter hors de son territoire les clandestins, pour la plupart originaires de pays voisins. Tripoli, sous pression pour empêcher l’immigration illégale, menace de sanctions ses citoyens qui viendraient en aide aux sans-papiers.

Les sans-papiers sont dans le collimateur de la Libye. Le pays maghrébin a tenu mardi une réunion interministérielle consacrée à l’immigration clandestine à laquelle ont notamment participé les ministres des Finances et de la Main-d’œuvre, de la Formation et de l’Emploi, ainsi qu’un haut responsable de la sécurité publique. Au sortir de cet entretien, « les autorités ont décidé de commencer à rassembler immédiatement tous les étrangers vivant illégalement en Libye et à les expulser sur le champ », indique un communiqué de presse du gouvernement cité par l’agence de presse officielle libyenne Jana.

Logements de sans-papiers détruits

Le document précise que cette opération et la reconduction à la frontière des sans-papiers se déroulera dans la « correction et le respect dus à ces personnes ». Une « correction » et un « respect » qui semblent d’ores et déjà remis en cause par la politique qui accompagnera le rassemblement des personnes expulsables, dont on ne sait pas encore où elles seront réunies. Les autorités devront en effet détruire les logements et abris de fortune où vivent la plupart des clandestins, qui n’auront alors aucun recours : l’Etat a promis des poursuites judicaires et des amendes à quiconque cacherait ou hébergerait des sans-papiers.

Tripoli a par ailleurs pris des mesures strictes pour faire respecter la loi régissant le séjour des étrangers en Libye. Une loi imposant entre autres à tous les subsahariens, qui constituent le gros des immigrés, de se doter d’un visa pour entrer sur son sol. Il est également question de s’assurer de la mise en pratique des règles relatives à l’embauche des non-Libyens. Depuis un an, les patrons doivent en effet déclarer les étrangers qu’ils font travailler.

La Libye sous pression

Au final, selon les sources, entre plusieurs centaines de milliers et deux millions d’immigrés pourraient être expulsés du pays. Des immigrés qui font tourner la dynamique économie informelle et des secteurs comme la construction. L’activité de ce secteur avait d’ailleurs quasiment été paralysée lorsque, il y a un an, la Libye avait entrepris d’expulser en masse les clandestins – parvenant à en renvoyer quelque 64 000.

Les conséquences économiques des expulsions pourraient donc être très lourdes. La Libye semble cependant avoir choisi de suivre une politique qui réduira les pressions qui pèsent sur elle. Sur le plan interne, des responsables et une partie de la population blâment les étrangers pour les problèmes de sécurité, de santé et de chômage. Au niveau international, l’Italie, et plus généralement l’Europe, demande à Tripoli d’endiguer l’afflux de sans-papiers qui espèrent rejoindre les côtes du Vieux Continent. D’autant que les 27 craignent que des terroristes se mêlent aux chercheurs d’Eldorado…

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