La Guinée-Bissau vote pour choisir un nouveau président

La Guinée Bissau organise ce dimanche une élection présidentielle un peu plus de trois mois après l’assassinat de Joao Bernardo Vieira. Le scrutin, considéré comme une étape cruciale vers la stabilité du pays, se tient dans une atmosphère d’insécurité avec une série d’assassinats de personnalités de premier plan, début juin. Les observateurs prévoient un faible taux de participation.

Les Bissau-guinéens votent ce dimanche pour élire le successeur de Joao Bernardo Vieira, assassiné début mars par des militaires. Sa mort était survenue à quelques heures d’intervalle de celle du chef d’état-major de l’armée, le général Batista Tagmé Na Waïe, dans un attentat à la bombe. En lice pour ce scrutin, onze candidats dont trois anciens chefs d’Etats. Malam Bacaï Sanha, président par intérim de juin 1999 à mai 2000 et candidat du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC, ancien parti unique) est perçu comme le principal favori. Son parti dispose de 67 sièges sur 100 au Parlement. Il sera notamment opposé aux ex-présidents Kumba Yala (2000 à 2003) et Henrique Rosa (2003 à 2005).

C’est avec l’estomac noué par la peur que les 523?000 électeurs, sur une population de 1,5 millions, attendus aux urnes, devront choisir celui qui prendra entre ses mains la destinée de leur pays. Un pays devenu une plaque tournante du trafic de drogues entre l’Amérique Latine et l’Europe, et en proie à la violence depuis l’assassinat de Nino Vieira. Le 5 juin, veille de la campagne électorale, le ministre de l’Administration territoriale et candidat à la présidence, Baciro Dabo, l’ancien ministre de la Défense Helder Proença, et d’autres personnalités de premier plan ont été froidement tués, accusés d’avoir pris part à une présumée tentative de coup d’Etat.

« Peu d’adhésion de la part de la population »

« Qui a encore le courage d’aller à Bigène, terre natale de Baciro Dabo, alors que les gens de là-bas et même les habitants de Bissau n’en sont pas revenus de leur choc provoqué par ce meurtre brutal ? », s’est interrogé Abulai Intombé, directeur du journal Bantaba de Nobas, cité par l’Agence de presse chinoise Xinhua. « C’est bien triste. Il y a peu d’adhésion de la part de la population, cette fois-ci, par rapport aux précédentes élections », a-t-il ajouté. Selon les observateurs, le taux de participation de 82% obtenu lors des législatives de novembre 2008, ne sera pas atteint.

Pourtant, la communauté internationale estime qe cette présidentielle est une étape cruciale vers la stabilité du pays. « Il s’agit peut-être de la dernière chance pour parvenir à une paix durable en Guinée-Bissau, voire dans la sous-région », a indiqué Joseph Mutaboba, le représentant du secrétaire général de l’Onu en Guinée Bissau. La communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a annoncé l’octroie d’une aide financière de 3,5 millions de dollars pour le paiement de trois mois d’arriérés de solde aux forces armées. L’organisation sous régionale a, par ailleurs, débloqué 350 000 autres dollars et fournit des moyens logistiques pour favoriser le bon déroulement du scrutin. La Guinée Bissau devait également recevoir quelque 1,5 millions d’euros de la part de l’Union européenne. Celle-ci a promis, en outre, l’envoi d’une mission de 20 observateurs.

Au total, près de 4 000 policiers et militaires devront être déployés sur toute l’étendue du territoire, a indiqué le colonel Armando Nhaga, commissaire-adjoint des services de Police et porte-parole du ministère de l’Administration interne. Toutes les frontières terrestres, maritimes et aériennes seront fermées entre ce samedi soir, à minuit et dimanche, à minuit. Un second tour pourrait se tenir le 28 juillet en cas d’absence de majorité absolue.

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