La douane malgache sur le pied de guerre

La récente exonération de droits de douane et de taxe d’importation consentie par le gouvernement sur des secteurs clés de l’économie fait perdre 28 milliards aux douanes malgaches. Fulgence Rabemananjara, le Directeur général des douanes, espère combler le trou grâce à une lutte sans merci contre la fraude. Interview.

La confection, la construction et les matériels agricoles bénéficient depuis le 12 novembre dernier d’une exonération totale de droits de douane et de taxe d’importation à Madagascar. Une mesure économique qui, selon des études d’impact, devraient occasionner une perte de 28 milliards de francs malgaches (fmg) au service des douanes. Fulgence Rabemananjara, le Directeur général des douanes, mise sur la lutte contre la fraude pour combler le trou et épingle l’ancienne culture du laxisme en la matière.

Afrik : Quelles sont les attentes du gouvernement par rapport à cette défiscalisation ?

Fulgence Rabemananjara : Tout d’abord, la défiscalisation n’est pas totale puisque la TVA est maintenue (la taxe sur la valeur ajoutée malgache est de 20%, ndlr). L’objectif de cette mesure est avant tout d’attirer les investisseurs étrangers pour qu’ils viennent s’installer sur l’île. Ce qui apporterait une bouffée d’air frais à notre économie sclérosée. D’autre part, la diminution des taxes va contribuer à lutter contre la fraude en encourageant certains à sortir de la clandestinité. Cumulées, les taxes visées par la loi atteignaient jusqu’à 30% du prix des produits.

Afrik : Les services douaniers vont pâtir d’un manque à gagner de 28 milliards de fmg. Comment comptez-vous faire face à la situation ?

Fulgence Rabemananjara : C’est la lutte contre la fraude qui rattrapera notre manque à gagner. Notre nouvelle politique a été lancée en août dernier avec  » Le mois de la lutte contre la corruption « . Trois mois plus tard, nous pouvons affirmer que les résultats sont probants puisque nous avons enregistré un relèvement des recettes douanières de l’ordre de 15 à 20%. Nos prévisions sur le seul mois d’octobre, par exemple, s’élevaient à 107 milliards. Nous en avons récolté 17 de mieux.

Afrik : Quels produits sont victimes de la fraude ?

Fulgence Rabemananjara : Presque tous les produits exportés. Je citerais uniquement les produits miniers, comme les émeraudes ou le saphir. C’est dur à dire mais jusque-là, les gens faisaient comme si la douane n’existait pas.

Afrik : Quel dispositif avez-vous mis en place pour lutter contre la fraude ?

Fulgence Rabemananjara : Nous avons renouvelé 95% du service. A côté du département de lutte contre la fraude, nous avons créé une nouveau service, le Service de la surveillance, pour intensifier nos actions. Il s’agit pour nous d’un chantier important puisque cela participe à construire une nouvelle image de Madagascar. C’est un des combats du nouveau président. Transparency international nous classe parmi les premiers pays les plus corrompus au monde. Pschologiquement, il faut que nous relevions la tête.

Lire aussi

Les bakchiches à la loupe.