La décennie perdue de l’économie ivoirienne

La Côte-d’Ivoire, ancien modèle économique en Afrique de l’Ouest, traverse depuis plusieurs années de graves difficultés. La crise politico-militaire déclenchée en 2002 a longuement handicapé une économie qui avait déjà souffert de la chute des cours mondiaux du café et du cacao. Même si l’impact de cette longue période de crise se fait toujours ressentir, le pays reste un poumon économique de la sous-région ouest-africaine.

L’instabilité politique en Côte d’Ivoire a été un frein terrible pour l’économie. Dès le coup d’État du général Robert Guéï, en décembre 1999, le taux de croissance de l’année 2000 était de -2,3%, selon la Banque mondiale. Après une courte transition et la victoire de Laurent Gbagbo, une rébellion éclate et prend le contrôle de 60% du territoire. Le pays est, dès lors coupé en deux. De plus, cette crise déclenche un exode massif d’environs deux millions d’Ivoiriens, la désertion de l’administration publique de certaines portions du territoire, ainsi que la fermeture de nombreuses entreprises privées et la destruction d’infrastructures vitales à l’économie. Le Sud, riche en cacao, pétrole, gaz, bois, café, est contrôlé par l’État. Quant au Nord, pourvu de diamant et de coton, il est sous le contrôle de la rébellion. Ce partage du pays profite bien plus à la mauvaise gouvernance qu’à l’économie, privée de libre-circulation et forcée de s’adapter à une situation complexe.

Pendants les six premières années du conflit, la croissance économique sera négative (une moyenne de -0,4%) notamment en raison du départ de la plupart des entrepreneurs étrangers et de la baisse des investissements directs étrangers (IDE). Cette mauvaise santé de l’économie aggravera le chômage, l’inflation, entraînera la fermeture de toutes les agences des banques du côté rebelle, et diminuera les recettes fiscales de l’État.

L’économie ivoirienne aime le calme

La situation se stabilise lorsque l’État ivoirien entreprend un redressement en 2004, notamment grâce à l’interposition des casques bleus de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) et des soldats français de l’opération Licorne.

Le taux d’inflation devient alors inférieur à 5% et le taux de croissance positif en 2004 (1,6%), 2005 (1,8%) et 2006 (1,2%). De surcroît, le service de la dette baisse et la part des exportations dans le PIB augmente. Cette normalisation de l’économie sera également favorisée par l’accord politique du 4 mars 2007, conclu entre l’État et la rébellion, dans le but de parvenir à la réconciliation du pays. Ces signes positifs vont permettre un retour progressif de la confiance du secteur privé et la réhabilitation des infrastructures publiques, jusqu’à la crise post-électorale de 2010-2011. Tous ces mois de conflit vont une nouvelle fois dégrader l’économie, dont la croissance s’est contractée de 5,9% en 2011.

Toutefois, depuis la prise de pouvoir d’Alassane Ouattara, en avril 2011, la confiance semble peu à peu revenir. La réunion du pays et la réhabilitation des voies de communication pourraient même aboutir à une croissance aux alentours de 8,6 % en 2012 et 5,5 % en 2013, selon les prévisions de Perspectives Économiques en Afrique. De même, le taux d’inflation de 4,9% en 2011 devrait passer à 3,6% en 2012 et 3,1% en 2013. Ces prévisions dépendent surtout de la stabilité et de la consolidation de la sécurité.

Quand la Côté d’Ivoire s’enrhume, l’Afrique de l’Ouest tousse

Malgré cette décennie perdue, la Côté d’Ivoire demeure une puissance économique incontournable de la sous-région. Elle représente en effet 39 % de la masse monétaire et contribue pour près de 40% au PIB de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Eu égard à cette importance, l’économie régionale a logiquement souffert de la crise ivoirienne, même si durant cette période la croissance économique sera supérieure à 4% dans le reste de la sous-région. Certains pays ont été particulièrement touchés comme le Burkina Faso, le Niger, la Guinée ou le Mali. Ces derniers dépendent en effet de l’infrastructure ivoirienne de transport pour l’import-export et des mandats envoyés par leurs nombreuses diasporas installées dans le pays. Conscient de cette importance de l’économie ivoirienne dans la sous-région, le Club de Paris, après le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, a décidé fin juin d’annuler la quasi-totalité de la dette du pays. Réclamée avec insistance depuis plusieurs années, cette décision était très attendue par le nouveau pouvoir.

Plus d’un an après la fin d’une crise politico-militaire aux quelques 3 000 morts, qui a dégradé durablement la première économie d’Afrique de l’Ouest, cette annonce devrait favoriser les investissements et la reprise effective de la croissance économique. Alassane Ouattara a d’ailleurs exprimé son ambition de voir la Côte d’Ivoire bientôt faire partie du club des pays émergents.

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