La culture est un facteur de développement

Le ministre malien de la culture, Cheick Omar Sissoko était invité au Salon du Livre de Paris. Il a tenu à rencontrer mardi les acteurs de la culture malienne en France pour recueillir leurs suggestions quant à la nouvelle politique qu’il met actuellement en place au pays. Un événement, aux échanges fructueux, dont l’assistance a apprécié le caractère non protocolaire.

 » Vous êtes des créateurs à l’étranger et à ce titre vous êtes nos ambassadeurs. Quoi que vous fassiez (…) c’est au nom du Mali et au nom de l’Afrique. Vous êtes ici le miroir du Mali. C’est par vos créations, votre génie que vous portez le nom de notre pays et nos valeurs de civilisation. Je souhaite que vous ne restiez pas en marge de ce que nous sommes en train de préparer.  » C’est par ces mots que le ministre malien de la Culture, Cheick Omar Sissoko, a accueilli, mardi à Paris, griots, artistes, comédiens, écrivains et promoteurs artistiques maliens vivant en France. Une rencontre non protocolaire sans précédant au cours de laquelle les acteurs culturels ont pu échanger directement avec le ministre.

Invité au 23ème Salon du Livre de Paris, Cheik Omar Sissoko souhaitait recueillir les suggestions et les remarques des personnes de terrain concernant la nouvelle politique culturelle qu’il met actuellement en place au Mali. Passé de l’autre côté de la barrière en entrant au gouvernement voici près de six mois, le célèbre cinéaste africain reste un militant de la première heure. Si  » jusque là, les dirigeants africains ne considèrent pas la culture comme un facteur de développement « , le ministre martèle qu’il est possible de structurer les industries culturelles pour permettre de générer des ressources et faire vivre l’ensemble du secteur.

Dialogue de proximité

 » Cette rencontre a été très positive « , témoigne Djadjé Soumaré, président du Haut conseil des Maliens de France qui regroupe 168 associations maliennes dans l’hexagone.  » Le ministre s’est mis à notre niveau. Il est venu à notre rencontre pour nous demander notre avis et pour s’enquérir de nos projets. C’est la première fois qu’un ministre rencontre les artistes maliens de la diaspora sans protocole « , se félicite-t-il.

Même appréciation pour Amadi Diabaté, secrétaire-général de l’Association des griots maliens de France :  » Le ministre n’a pas tenu de discours académique. Il nous a parlé sans détour. Il a raison de souligner l’importance du potentiel de notre culture notamment pour la chanson et le théâtre. Il nous a demandé de l’aider si nous avions des idées. Il est plus venu là plus pour recevoir que pour donner « .

Le témoignage de Rokia Traoré

Après une double allocution, en français et en bambara, le ministre a laissé la parole à la salle pour une série de questions et de commentaires. Les problèmes soulevés sont souvent les mêmes. La piraterie musicale qui gangrène le marché malien, le retour de la Biennale de la jeunesse (prévue du 10 au 16 septembre prochain à Bamako), la visibilité de la culture dans les médias maliens, les interrogations sur la Maison de la culture et le problème d’identité des jeunes Maliens en France.

Le thème de la piraterie n’a pas laissé insensible la vedette internationale de la chanson Rokia Traoré, présente dans l’assistance.  » Vue l’envergure de la musique malienne à l’étranger, on ne peut pas s’imaginer que les artistes ne peuvent pas vivre de leurs produits au Mali. Il y a tellement de cassettes pirates qu’on dirait un marché noir à l’échelle d’un pays. (…) Je suis contente que quelqu’un comprenne qu’il s’agit d’un vrai problème pour nos industries culturelles et qui essaiera de trouver des solutions. Tout ce que je veux, c’est que l’on donne aux artistes les moyens de travailler « , confie la vedette malienne.

Pour que les enfants d’immigrés soient fiers de leur culture

Piqué au vif par les problèmes d’identité des enfants d’immigrés, le ministre explique qu’il est impératif qu’ils se réapproprient leur culture pour qu’ils en soient fiers et qu’ils prennent conscience qu’ils peuvent participer activement à l’avenir du Mali.  » Les enfants d’immigrés (…) constituent une tragédie. Il faut amener à faire comprendre à ces jeunes qu’ils viennent de pays qui ont apporté beaucoup à la civilisation universelle. Qu’ils n’ont pas à avoir honte du Mali, ni d’aucun pays d’Afrique, même si par malheur ils ne voient que des images de désastre de notre continent.  »

Cheik Omar Sissoko estime que c’est en rencontrant de grands artistes maliens, des griots qui leur parlent de l’histoire de leur pays qu’ils pourront  » se glorifier d’appartenir à un continent. Ils pourront alors être des ambassadeurs de notre pays s’ils décident de rester en France ou ils pourront, pour le plus grand bonheur du Mali, être des hauts cadres ou de hauts techniciens parce qu’ils auront obtenu un savoir que nous n’avons pas aujourd’hui « . Pour l’ancien cinéaste, la culture est un élément capital pour le développement du pays, plus important même que  » l’autosuffisance alimentaire  » parce qu’il constitue le ciment de tout un peuple.

Discours du ministre en audio

L’introduction générale ;

Soutenir moralement les artistes de la diaspora ;

Le problème d’identité des enfants d’immigrés ;

Le préalable de la culture.

Le discours du ministre en bambara.

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