La colère monte en Afrique du Sud

Des émeutes ont éclaté dans plusieurs townships en Afrique du Sud mardi et mercredi. Les habitants protestent contre leurs conditions de vie misérables alors que l’ANC, le parti au pouvoir, avait promis de faire de la lutte contre la pauvreté sa priorité pendant sa campagne au printemps dernier. La situation semble maintenant apaisée dans les rues, mais le gouvernement doit faire face à des problèmes sociaux chroniques.

Les Sud africains les plus défavorisés veulent rappeler leur existence au président Jacob Zuma. Les manifestations qui ont débuté le week-end dernier ont tourné à l’émeute mardi et mercredi : les habitants de plusieurs townships ont bloqué des routes et incendié des bâtiments. La police est intervenue en tirant des balles de caoutchouc et en faisant usage de gaz lacrymogène. A Mpumalanga, à la frontière avec le Mozambique, des témoins rapportent que des commerces tenus par des étrangers ont été attaqués. A Meyerton, au sud de Johannesburg, des habitants ont occupé des exploitations agricoles pour protester contre leur expulsion de camps provisoires. A Thokoza, près de la capitale, les émeutiers ont jeté des pierres en direction des voitures de police. Une centaine de personnes ont été arrêtées depuis le début du mouvement. Jeudi, la situation semblait plus calme dans les rues.

La population attend les mesures du gouvernement

Le gouvernement a dénoncé jeudi le recours à la violence des manifestants et rappelé que le gouvernement est légitime puisqu’il a été élu. Il menace de réprimer les émeutes. Depuis quelques mois, la tension monte dans le pays. La population réclame un meilleur accès aux services de base comme l’eau, le logement et le transport. Elle demande aussi plus d’emplois. Ces questions étaient au centre de la campagne du président Jacob Zuma, élu en avril dernier. Son parti, l’ANC, au pouvoir depuis la fin de l’Apartheid, promettait de fournir du pain et des logements pour tous et de créer de nouveaux emplois. Mais ces projets vont être difficiles à réaliser car le pays est gravement touché par la crise : fin mai, la première puissance économique africaine est entrée en récession pour la première fois en 17 ans.

Depuis l’arrivée au pouvoir de l’ANC, plus d’un million de Sud africains vivent encore dans des cabanes, souvent sans eau ni électricité, et le fossé entre les riches et les pauvres se creuse. 43% de la population vit avec moins de 2€ par jour, et le taux de chômage s’élève à 40%.

Les mouvements de protestation se multiplient

L’Afrique du Sud a connu plusieurs mouvements sociaux importants ces dernières années. En 2008, les manifestants s’étaient retournés contre les travailleurs immigrés venus du Mozambique et du Zimbabwe. 62 d’entre eux avaient été tués, et des milliers ont fui le pays.

Le 8 juillet dernier, les ouvriers du secteur du bâtiment avaient débuté une grève illimitée pour réclamer une augmentation de salaires afin de faire face à la hausse des prix. Ce mouvement menaçait la construction des équipements pour la Coupe du monde de football qui doit commencer dans moins d’un an en Afrique du Sud. Cette échéance s’ajoute à la pression qui pèse sur les épaules de Jacob Zuma, car les manifestations risquent de ternir l’image du premier pays du continent organisateur de la compétition. Le président doit maintenant prouver qu’il est capable de gérer la crise sociale et économique.

Lire aussi :

 Afrique du Sud : cette Afrique qui n’est pas l’Afrique