La Charte du Mandé, trésor caché

Le Malien Aboubakar Fofana calligraphie  » La Charte du Mandé « , déclaration politique et anti-esclavagiste transmis, depuis l’époque de Soudjata Keïta, parmi les confréries de chasseurs au Mali. Un texte fondateur et fédérateur.

La très belle collection des Carnets du calligraphe (éditions Albin Michel) s’enrichit d’un nouvel ouvrage. La Charte du Mandé et autres traditions du Mali transporte le lecteur au siècle de Soundjata Keïta, fondeur de l’empire du Mali. Le document qui sert de base au livre a été traduit par l’ethnologue Youssouf Tata Cissé et part d’un récit transmis en 1965 par Fadjimba Kanté, le patriarche des forgerons de Téguè-Koro (120 km au sud de Bamako) et chef de la  » confrérie des chasseurs  » de cette localité.

Ce texte est une déclaration, solennellement proclamée le jour de l’intronisation de Soudjata Keïta, à la fin de l’année 1222, et qui affirme l’opposition totale de la confrérie des chasseurs à l’esclavage.  » Une seule action prévalait aux yeux de Soundjata Keïta et de ses compagnons : la lutte sans merci contre les esclavagistes d’où qu’ils viennent. Du coeur du Mandé au pied des falaises du pays dogon, et des Monts mandingues au Haut-Sénégal, des brigades volantes traquèrent sans répit les marchands d’esclaves. La lutte fut plus sanglante encore dans le Sahel contre les esclavagistes soninkés, maures et touaregs « , explique Youssouf Tata Cissé.

Patrimoine de l’humanité

Ainsi, la proclamation, présentée dans sa version originale au début de l’ouvrage, et qui  » s’adresse aux oreilles du monde entier « , clame que  » toute vie humaine est une vie « . Qu’il n’y a pas  » pire calamité  » que la faim et l’esclavage, que  » tout pays, toute terre qui verrait les hommes disparaître de sa surface connaîtrait le déclin et la désolation « …  » Tant que nous disposerons du carquois et de l’arc (…) la guerre ne détruira plus jamais de village pour y prélever des esclaves « , insistent les chasseurs. Suivent des textes classiques du Mali sur le mariage, la noblesse d’âme, la fraternité, la nature…

Tous sont illustrés par le calligraphe malien Aboubacar Fofana, arrivé en France à 12 ans, spécialiste de la calligraphie latine et passionné par la calligraphie japonaise. Il tisse au fil des pages des arrières-plans qui mélangent les matières et les couleurs. Quant aux signes qu’il a choisit, il précise :  » La plupart des idéogrammes que je calligraphie dans ce livre sont ceux qu’utilisent à des fins essentiellement pédagogiques et religieuses les sociétés initiatiques du Mandé, particulièrement la société Komo « .

La Charte du Mandé, c’est encore lui qui en parle le mieux :  » La Charte du Mandé est un trésor, un trésor caché. (…) Un texte politique de première importance, porté depuis la nuit des temps par les confréries de chasseurs initiés. Ce texte met en formules des façons de faire toujours très présentes, la volonté de traiter par les mots et non par les coups les conflits qui naissent des passions humaines, une certaine tolérance dans l’expression de ces passions. Il est un patrimoine de l’humanité.  »

La Charte du Mandé et autres traditions du Mali, calligraphies de Aboubacar Fofana, Les Carnets du calligraphe, éditions Albin Michel.

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