La Boucherie de l’espérance s’invite au théâtre

Kateb Yacine a écrit  » Boucherie de l’espérance  » en 1968. Un texte terriblement d’actualité sur les rapports Israël/Palestine, monté de manière originale et décapante par la troupe du Théâtre Les Ateliers de Lyon. Paris accueille la pièce jusqu’au 28 mai. Courez-y.

Mohamed vole des olives dans le jardin du mufti de Palestine.  » J’habite le Mont des oliviers et je suis obligé de voler des olives !  » grimace Mohamed Zeitoun ( » olive  » en arabe…). Le ton est donné : drôle, caustique, légèrement acide. C’est avec cette scène que s’ouvre la pièce de Kateb Yacine, Boucherie de l’espérance, montée par la troupe du Théâtre Les Ateliers de Lyon. Ecrit en 1968, le texte évoque sans détours les relations entre les deux peuples qui revendiquent la Palestine et les puissances qui les instrumentalisent.

Mohamed, le chômeur, et Moïse, le balayeur de la synagogue, se disputent le désert. Les arbitres (Grande-Bretagne, France, Etats-Unis) jettent de l’huile sur le feu naissant. Se déroule alors sous nos yeux l’histoire tragique de cette terre. Le texte de Kateb Yacine porte le fer dans la plaie. Farce prémonitoire où le drame n’est jamais loin, il trouve un écho particulier dans les événements qui se jouent aujourd’hui au Proche-Orient. Pour coller à l’humour incisif déployé par l’auteur algérien, Gilles Chavassieux et Philippe Mangenot ont opté pour une mise en scène décapante. Les six comédiens font vibrer la scène de leurs corps à corps, de leurs pirouettes et de leur musique improvisée sur des objets du décor. Un travail étonnant où percent les arts du cirque et la pantomime,  » entre Commedia dell’arte et conte arabe « , revendique la troupe.

Chantier dramaturgique

Le spectacle fait partie de la programmation de Djazaïr, Une Année de l’Algérie en France, mais  » a été créé en 2000. Nous en sommes à notre 87ème représentation. Au départ, nous devions accueillir la mise en scène d’un Irakien en arabe dialectal. Finalement, ça n’a pas eu lieu mais nous avons tout de même fait une lecture pour nos adhérents. Ça nous a beaucoup plu et nous avons décidé de monter la pièce « , explique Philippe Mangenot.  » Nous avons décidé d’appeler cette mise en scène  » chantier  » car cela correspond bien au travail de Kateb Yacine sur le théâtre. Il aimait mélanger ses pièces et j’ai retrouvé des passages de Boucherie de l’espérance dans d’autres textes. Son oeuvre dramaturgique est un puzzle incessant. Kateb Yacine revendiquait l’acte créatif comme un chantier.  »

Un chantier parce-que la scène est toujours en destruction et reconstruction permanente, parce-que les comédiens endossent chacun plusieurs rôles. Un chantier à l’identité originale mais qui respecte néanmoins le texte initial.  » La partition de Kateb Yacine est très précise, très construite. J’ai juste coupé quelques scènes qui nécessitaient la présence de plus de six comédiens. C’étaient aussi des scènes dans lesquelles l’auteur parlait de la guerre froide et faisait apparaître des gens comme Kroutchev. Le texte devenait trop référentiel « , précise Philippe Mangenot. Ici, il n’y a rien à ajouter où à enlever. L’alchimie fonctionne. La Boucherie de l’espérance est prête à vous manger tout cru.

Boucherie de l’espérance de Kateb Yacine. Un chantier de Gilles Chavassieux et Philippe Mangenot avec Ghislaine Bendongué, Rafaèle Huou, Philippe Mangenot, Antoine Oppenheim, Alain Pierre et Alain Sergent. Du 13 au 28 mai 2003 à la Maison des Cultures du Monde, 101, boulevard Raspail 75006 Paris. Réservations : 01 45 44 41 42