
En pleine flambée du métal jaune, les Pays-Bas ont annoncé le 2 septembre avoir rapatrié une partie de leur or hors d’Amérique du Nord. Une décision qui relance une question restée sans réponse pour les banques centrales africaines : où sont réellement conservées leurs réserves ?
Les Pays-Bas jouent la carte de la transparence
De Nederlandsche Bank (DNB) a confirmé mercredi 2 septembre avoir achevé le transfert de 86 tonnes d’or, sur un total de 612,4 tonnes, jusque-là réparties entre New York et Ottawa. Début 2026, 31,3 % des réserves néerlandaises se trouvaient à New York, 19,7 % à Ottawa, 30,8 % aux Pays-Bas et 18,1 % à Londres.
Après l’opération, menée entre mars et août, la répartition a changé : 32,1 % à Londres, 30,8 % toujours conservés à Zeist, 18,5 % à New York et 18,5 % à Ottawa. Le gouverneur Olaf Sleijpen a justifié ce choix par une « instabilité géopolitique croissante » et par la plus grande liquidité du marché londonien, où la Banque d’Angleterre abrite à elle seule environ 9 500 tonnes d’or, selon l’agence Associated Press.
Sur les 86 tonnes concernées, la majorité a fait l’objet d’opérations d’achat-vente entre places financières, tandis qu’un peu plus de 27 tonnes ont été physiquement rapatriées via le centre sécurisé de Zeist. La France avait déjà cédé 129 tonnes d’or new-yorkais début 2026 et l’Allemagne, elle, s’interroge sur ses avoirs américains sans les avoir encore déplacés.
L’Afrique connaît le poids de son or, pas son adresse
Le contraste avec les banques centrales africaines est frappant. Selon les données du Conseil mondial de l’or, l‘Algérie reste le premier détenteur africain avec environ 174 tonnes, devant la Libye (près de 147 tonnes), puis l’Égypte et l’Afrique du Sud, dont les réserves respectives oscillent autour de 125 à 130 tonnes selon les périodes de référence.
Ces chiffres, largement repris dans les statistiques internationales, indiquent ce que chaque État possède mais pas où les lingots sont physiquement entreposés. Alger ne publie aucune cartographie de ses coffres même si on sait que le pays les garde plutôt sur son territoire. Aucune ventilation officielle n’existe non plus pour la Libye, l’Égypte, le Maroc ou le Nigeria qui sont beaucoup plus proche des États-unis.
L’Afrique du Sud, seule exception partielle
Seule l’Afrique du Sud a partiellement levé le voile dans une réponse transmise au Parlement en 2016. Le gouvernement reconnaissait qu’une « grande partie » de son or était conservée à l’étranger, notamment à la Banque d’Angleterre, le reste étant sur le territoire national. La banque centrale précisait inspecter régulièrement ces dépôts, sans en communiquer le détail, les rapports étant jugés confidentiels.
Dix ans après, l’opacité persiste et selon le dernier rapport annuel de la banque centrale sud-africaine, le pays possédait encore environ 4,04 millions d’onces d’or, soit environ 125,5 tonnes, sans préciser où elles se trouvent.
Sous Manhattan, des propriétaires anonymes
La Réserve fédérale de New York possède un coffre souterrain qui abritait encore, en 2024, près de 507 000 lingots représentant 6 331 tonnes d’or, appartenant en majorité à des gouvernements étrangers et à des banques centrales. L’institution protège scrupuleusement l’identité de ses clients et les compartiments sont numérotés, jamais identifiés par pays. Impossible donc de savoir si des lingots marocains, libyens, égyptiens ou sud-africains y reposent encore et en quelle quantité.
La Banque du Canada applique une discrétion comparable. Elle continue de conserver de l’or pour des institutions étrangères, alors que le Canada ne détient presque plus de réserves pour son propre compte.
Transparence avant rapatriement
Conserver de l’or à Londres, New York ou Ottawa ne prive pas un pays de sa propriété. Cette pratique facilite les ventes, les échanges entre banques centrales et l’usage des lingots comme garantie, tout en évitant certains coûts logistiques. Mais l’exemple néerlandais montre toutefois que la localisation des réserves redevient un enjeu stratégique.
Accessible en période calme, un lingot stocké à l’étranger peut devenir difficile à mobiliser en cas de sanctions, de rupture diplomatique ou de crise financière. Pour les pays africains, la première urgence n’est peut-être pas le rapatriement de leur or, mais la transparence sur son emplacement.




