L’ombre de Moscou s’invite à la frontière tchado-centrafricaine


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Le Président de la Russie, Vladimir Poutine
Le Président de la Russie, Vladimir Poutine

Le gouvernement de N’Djamena a convoqué d’urgence l’ambassadeur de la République centrafricaine, hier dimanche. Cette décision s’impose après les violentes frappes militaires menées le week-end dernier le long de la frontière commune. Les combats ont causé de graves blessures parmi les civils et les soldats tchadiens. Cette crise frontalière éclate au moment précis où le Président Mahamat Idriss Déby atterrit à Paris pour entamer une visite officielle. Ce qui déplace le conflit du terrain militaire vers la diplomatie internationale.

Le ministère tchadien des Affaires étrangères dénonce formellement une incursion terrestre des forces armées centrafricaines sur son espace souverain. À l’inverse, Bangui évoque des opérations préventives indispensables pour neutraliser des bases de rebelles hostiles. Les Centrafricains affirment avoir agi pour contrer une attaque de grande envergure planifiée depuis le Tchad. Les forces armées de la RCA maintiennent une forte pression terrestre et des bombardements aériens constants dans la Vakaga, région adossée aux plaines du Tchad.

La COSI dicte le tempo et le bilan des combats

L’offensive cible une coalition de rebelles centrafricains, incluant le groupe armé de Noureddine Adam et l’Alliance du sursaut patriotique. Cette dernière faction avait brièvement occupé la ville frontalière d’Am Dafok le 30 juin dernier. Fait marquant que les diplomates surveillent, le bilan de soixante morts et blessés provient directement de la COSI et concerne les combattants adverses tués ou blessés,. Cette structure russe, principal canal de communication des paramilitaires en Centrafrique, s’impose comme la source unique et centrale de cette crise.

Pour valider sa version, l’officine russe diffuse des images de dépouilles, de fusils et de lance-roquettes saisis sur le terrain. La COSI affirme de surcroît avoir alerté l’état-major tchadien de la présence de ces éléments factieux. En s’ingérant dans la communication de guerre, les instructeurs russes de Bangui dictent le tempo médiatique. Ils court-circuitent les canaux étatiques traditionnels et placent le Tchad devant le fait accompli, ravivant le spectre des affrontements meurtriers de l’année 2021.

Un piège géopolitique sous les yeux de Paris

N’Djamena accusait déjà Bangui d’avoirtué six militaires, dont cinq auraient été capturés puis exécutés, lors d’un précédent assaut. L’ambiguïté persiste sur le lieu exact des frappes, entre le village centrafricain de Nagabaye et la localité tchadienne d’Abnabak. L’incertitude sur l’identité réelle des soixante victimes alimente la suspicion générale. Ce flou sert les intérêts de Moscou, qui cherche à isoler le régime tchadien de ses partenaires traditionnels.

Ce différend frontalier fragilise N’Djamena, déjà encerclée par des voisins comme le Soudan, la Libye et le Niger. La coïncidence du calendrier international interpelle les chancelleries occidentales. En déclenchant ces hostilités la veille du déplacment à Paris, la diplomatie parallèle russe tente visiblement de parasiter le tête-à-tête entre Mahamat Idriss Déby et les autorités françaises. L’allié centrafricain de Moscou réussit ainsi à exporter sa guerre contre l’influence occidentale aux portes mêmes du Tchad.

Etienne Dione
Très attaché à l’Afrique Centrale que je suis avec une grande attention. L’Afrique Australe ne me laisse pas indifférent et j’y fais d’ailleurs quelques incursions
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