L’Italie et la Libye à la chasse aux clandestins


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Drapeau de la Libye
Drapeau de la Libye

Mouammar Kadhafi a planté sa tente, mercredi, en Italie. Une première pour le président libyen. La signature du traité « d’amitié et de coopération » a considérablement amélioré les relations, autrefois tendues, entre les deux pays. En échange du contrôle et de la protection de ses frontières, l’Italie aide la Libye à consolider ses échanges commerciaux avec l’Europe. Un procédé qui ne fait pas l’unanimité, notamment au sein des associations françaises et italiennes, qui craignent un durcissement de la politique d’immigration en Italie.

Le dirigeant libyen s’est rendu, mercredi, en Italie pour une visite historique. La première depuis l’arrivée au pouvoir en 1969 de Mouammar Kadhafi. Cette excursion en terre italienne a été rendue possible grâce à la signature, en août dernier, d’un traité « d’amitié et de coopération » entre les deux pays. Ce texte permet à Tripoli d’obtenir 200 millions de dollars sur les 25 prochaines années au titre de dédommagements pour la période coloniale (1911-1942), et à Rome d’avoir « moins de clandestins et plus de gaz et de pétrole libyen », selon Silvio Berlusconi, le Premier ministre italien. Une aubaine pour l’Italie qui a fait de la lutte contre l’immigration clandestine, sa priorité.

Après l’accord conclu avec la Libye, Silvio Berlusconi a fait passer, en mai dernier, une loi qui créé un délit « d’immigration et de séjour » clandestins, puni d’une amende à 5 à 10 000 euros et rend possible la dénonciation de tout immigrant en situation irrégulière. Elle porte notamment de deux à six mois la durée de rétention des immigrants dans les centres d’identification et d’accueil. « Nous fermons les portes et nous ne les entrouvrons que pour ceux qui viennent pour travailler et s’intégrer », résume le Premier ministre. Ce texte qui doit être officiellement adopté par le Sénat le 11 juin prochain constitue l’un des trois chapitres du décret sur la sécurité nationale promulguée par Silvio Berlusconi.

« La plupart des clandestins viennent d’Europe de l’Est et ce, par voies terrestres »

Cette politique sécuritaire est mise en place pour conforter les Italiens qui, à 76 %, soutiennent les positions du gouvernement. « Le Premier ministre utilise cette rhétorique pour créer un climat d’insécurité et attirer à lui des électeurs. Il fait passer l’étranger pour le responsable des maux de l’Italie. Comme cela on ne focalise pas sur la précarité et le chômage », observe Alessandroa Capodanno, membre de l’ARCI, une association de défense des étrangers, basée en Italie. De plus, Silvio Berlusconi ne cesse de multiplier les propos xénophobes. Il y a cinq jours, lors d’un meeting électoral, il déclarait : « Lorsque je me promène dans les rues du centre de Milan et que je vois le nombre de personnes non italiennes, j’ai l’impression de ne plus être dans une ville italienne ou européenne mais dans une ville africaine ».

D’après les estimations réalisées par l’ONG en 2007, environ quatre millions de personnes en situation irrégulière se trouveraient dans le pays. Parmi les nationalités répertoriées : les Roumains, les Albanais et les Marocains constitueraient 30 % des immigrés clandestins. Dans cet état des lieux, l’Afrique subsaharienne est très peu représentée ce qui remet en cause le discours de Silvio Berlusconi et les accords de coopération avec la Libye censée bloquer l’arrivée des migrants africains en Italie. Selon la membre de l’association, le gouvernement mettrait en scène sa politique d’immigration. « On parle plus facilement des arrivées par la mer des clandestins de l’île italienne, Lampedusa (point d’entrée privilégié pour les immigrés qui veulent gagner l’Europe) car c’est plus impressionnant. Pourtant ces arrivées ne représentent qu’un faible pourcentage. La plupart des clandestins viennent d’Europe de l’Est et ce, par voies terrestres » conclut-elle.

La politique d’immigration italienne représente un risque pour les migrants africains à l’intérieur mais aussi à l’extérieur du pays. La Libye qui a récemment accepté l’intervention de patrouilles dans ses eaux territoriales, accueille désormais les clandestins qui tentent de rejoindre l’Italie. Une nouvelle prérogative qui n’est pas sans conséquences. Selon Claire Rodier, la plupart des clandestins recueillis par le pays africain seraient « des demandeurs d’asile » et devraient bénéficier à ce titre « d’une protection internationale, ce qui n’est pas le cas ». « L’année dernière », explique la juriste du Groupe d’informations et de soutien des immigrés (GISTI), « 60 à 70 % d’entre eux ont obtenu le droit de rester sur le territoire italien. Les migrants auraient pu faire valoir leurs droits s’ils n’avaient pas été reconduits en Libye ».

Des intérêts économiques en jeu

De plus, selon certains observateurs, le pays de Kadhafi, qui n’est pas signataire de la convention de Genève sur les réfugiés, infligerait des mauvais traitements aux clandestins. Les migrants africains seraient enfermés dans des camps dans les pires conditions. Une réalité bien connue du gouvernement italien. « Entre 2004 et 2007, trois camps ont été construits et financés par l’Italie et donc indirectement par l’Union européenne », confie Claire Rodier. Si la Lybie accepte sans protester ces migrants, c’est que depuis la levée de l’embargo, le pays souhaite faciliter ses échanges commerciaux avec l’Europe et notamment avec l’Italie. A en croire Jomaa al-Asta, le président de l’Union des chambres de commerce et d’industrie libyennes, les entreprises italiennes en Libye, au nombre de 52, seraient les mieux représentées parmi les sociétés étrangères. « Nous voulons qu’ils soient nos partenaires en Afrique et être leurs partenaires en Europe », indique d’ailleurs, à ce sujet, al-Astaa.

Le gouvernement italien durcit sa politique d’immigration en étroite collaboration avec la Libye. A coups de propos xénophobes et d’accords de coopération, l’Italie dresse ses remparts et bafoue, un peu plus, les droits des migrants, notamment ceux des Africains.

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