L’exemple Alpha Konaré

Reçu dans toutes les capitales du monde avec égards et respects, le président malien, Alpha Oumar Konaré, peut se targuer d’être parmi les rares présidents africains à ne pas faire l’antichambre de l’Elysée ou de la Maison Blanche. Avec Abdoulaye Wade, président du Sénégal, et Thabo Mbeki, président de l’Afrique du Sud, il est l’un des rares chefs d’Etat africains à être élu démocratiquement. Et quand les dinosaures changent leurs constitutions pour se représenter encore et encore, lorsqu’ils s’embarrassent des formes, Alpha Oumar Konaré tient ses promesses. Il a répété qu’il ne briguera pas un troisième mandat et il s’y tient. Le président malien a pour contre-exemple Ben Ali, Lansana Conté, Eyagéma…

Malheureusement, son cas n’a pas fait d’émules. Pis, ce sont les anciens dictateurs, toujours accrochés au pouvoir, qui créent une nouvelle dynamique. La parenthèse démocratique de la dernière décennie semble se refermer hermétiquement. Les présidents à vie ont encore de beaux jours devant eux. Le mérite d’Alpha Oumar Konaré est de montrer qu’une autre voie est possible. Que l’Afrique est mûre pour la démocratie, n’en déplaise aux Illustres Inamovibles.

En quittant la présidence au début de l’année prochaine, Konaré démontre que le pouvoir ne rend pas forcément fou. Son testament politique, même s’il sera sûrement appelé à prendre en charge des institutions internationales, est riche. Sur le plan économique, il enjoint ses collègues à s’unir dans des sous-ensembles régionaux pour faire face à la mondialisation et aux blocs économiques. Visionnaire, il a peur que l’inflation ne soit encore un déclencheur de la dévaluation du Franc cfa, et donc d’une paupérisation inadmissible des pays subsahariens. Et, politiquement, il jette le discrédit sur les Protecteurs du Peuple. Une relève politique s’impose. Avant que tout ne s’embrase !

Fatou Mbengue