L’ex-Zaïre s’illumine

Les « hydroliennes » font un tabac en Afrique et plus particulièrement au Congo-Kinshasa où une cinquantaine de villages sont en passe d’être électrifiés. La technologie Rutten – du nom du constructeur belge, Jean Rutten – va permettre à de nombreuses contrées…d’y voir plus clair. Cap sur cette énergie renouvelable.

Cinquante villages congolais vont être électrifiés grâce à un procédé dénommé « hydroliennes « . Constitué principalement d’un flotteur, d’un rotor et d’un stabilisateur, le mode de fonctionnement de l’hydrolienne est d’une simplicité enfantine. Il s’agit d’hydro-générateurs flottants sur une rivière à un point où la vitesse du courant est égale à un mètre par seconde. Le courant fait tourner une roue qui produit de l’électricité dans des zones où il n’y en a jamais eu. Lorsque la hauteur de l’eau augmente ou diminue, le flotteur oblige l’hydrolienne à se déplacer verticalement ; le rotor est alors mis en rotation.

Cette technologie est produite depuis quinze ans par une entreprise belge. La phase test d’une durée de deux ans dans la lointaine banlieue de Kinshasa, Kikimi, s’est révélée encourageante pour la Commission nationale de l’énergie (CNE), qui entend ainsi poursuivre l’expérience dans une cinquantaine de villages.

La révolution «  hydrolienne  »

Les premières électrifications débuteront dès novembre prochain. A partir du 1er trimestre de l’année 2002, elles se stabiliseront à raison de deux machines installées par an.

L’hydro-générateur vaut 756 836,90 francs pour une durée de vie de 20 ans. Un prix que M. Katende, secrétaire permanent de la Commission nationale de l’électricité, juge intéressant : « Cette machine est très utile et son poids social au sein des populations important. Les villageois étaient jusqu’ici contraints d’instaurer une sorte de couvre-feu dès la tombée de la nuit ».

Cette innovation est source d’énergie, inépuisable, non polluante et gratuite. Des caractéristiques qu’on ne retrouve que dans l’énergie solaire.

En dehors des avantages indéniables liés à l’environnement,  » l’hydrolienne est beaucoup moins chère que le courant conventionnel « , continue M. Katende. De plus, cette campagne d’électrification est entièrement financée par la Communauté Wallonne de Bruxelles, présente au Congo-Kinshasa.

Les hôpitaux, les écoles et les centres d’accueil, situés en général à côté des rivières, pourront bénéficier de l’électrification et ce, 24 heures sur 24. Ils seront mieux lotis que les habitants de Kinshasa, qui subissent de fréquentes coupures d’électricité. Certains milieux péri-urbains et ruraux pourront également accéder à cette électricité. Les habitations seront équipées de quelques ampoules.

Production en série

Jusqu’ici les populations utilisaient le bois pour se procurer un peu de lumière. Le projet d’électrification entre dans le cadre d’un programme de développement visant à augmenter l’accès des populations à l’électricité. Ainsi, plusieurs rivières pourront être utilisées dans la région. Les hydroliennes seront fabriquées dans un premier temps en Belgique avant une production en série, en partie sur le territoire congolais.

Des techniciens congolais de la CNE ont d’ailleurs été formés en prévision de la production locale. Le Gabon a été le second pays africain à tenter l’expérience avec l’aide de ces techniciens. Pour des raisons de mauvaise entente avec les responsables, elle n’a pas eu l’effet escompté. D’autres pays africains ont marqué leur intérêt face aux hydroliennes, la Guinée sera le prochain sur la liste d’attente.

Actes de vandalisme

Comme toute nouveauté, les machines attirent l’attention et sont même l’objet de la convoitise de certains. C’est d’ailleurs la principale difficulté à laquelle la Commission est confrontée. Des vols de câbles ont été constatés sur un site où une machine était tombée en panne. La Commission a heureusement pu procéder au remplacement des objets défectueux et des pièces manquantes.

Des surveillants ont été délégués sur tous les sites équipés. Ils assurent la gestion du matériel. Le travail est confié à des Organisations non gouvernementales (ONG), des associations religieuses par exemple, qui ont la charge de faire des rondes pour s’assurer du bon fonctionnement de l’hydrolienne. Pour ce faire, ils financent les menues dépenses comme le changement des ampoules.

Pour prévenir les actes de vandalisme, des réunions sont organisées afin de sensibiliser les villageois, notamment en leur expliquant la nécessité des hydroliennes qui produisent cette électricité dite de « proximité « , leur assurant une certaine stabilité.

En attendant de pouvoir profiter de cette énergie renouvelable, les centres hospitaliers attendent avec impatience ce futur proche, où les accouchements et interventions chirurgicales ne se feront plus à la lampe torche.