L’Europe complice raciste du Maroc et de la Tunisie pour abandonner des migrants noirs au milieu du Sahara


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Migrants noirs abandonnés dans le désert

Une enquête menée par Lighthouse Reports, en collaboration avec de grands médias internationaux, a révélé que l’Europe soutient et finance des actions clandestines dans plusieurs pays d’Afrique du Nord. Ces opérations, entraînent l’expulsion de dizaines de milliers de migrants, principalement des personnes noires, chaque année dans des zones désertiques ou reculées, afin de les empêcher de rejoindre l’UE. Le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie seraient complices.

Financement européen et abus des Droits de l’Homme

Depuis des années, l’Union Européenne verse de grosses sommes d’argent aux pays d’Afrique du Nord pour la « gestion des migrations ». L’objectif est de réduire le nombre de migrants tentant de rejoindre l’Europe. Le montant annuel de ces fonds a augmenté chaque année, avec des centaines de millions d’euros envoyés à divers pays au cours de l’année écoulée. Parfois sous la pression du Maroc ou de la Tunisie, qui utilisent des moyens de pression pour négocier ces versements à la hausse.

L’UE affirme publiquement qu’elle surveille la manière dont cet argent est dépensé et qu’elle ne contribue pas aux violations des droits de l’homme à l’encontre des personnes qu’elle cherche à empêcher de migrer. Mais la réalité est bien différente.

En collaboration avec le Washington Post, Enass, Der Spiegel, El Pais, IrpiMedia, ARD, Inkyfada et Le Monde, Lighthouse Reports révèle que l’Europe finance sciemment, et parfois directement, des expulsions systématiques de réfugiés et de migrants noirs vers des déserts et des zones reculées dans trois pays d’Afrique du Nord. Objectif, les empêcher de rejoindre l’Europe.

Pratiques racialement motivées et violations des Droits de l’Homme

Les recherches montrent qu’au Maroc, en Mauritanie et en Tunisie, des réfugiés et des migrants, dont beaucoup étaient en route vers l’Europe, ainsi que des personnes ayant un statut légal et des moyens de subsistance établis dans ces pays, sont appréhendés en raison de la couleur de leur peau. Ils sont ensuite chargés dans des bus et conduits au milieu de nulle part, souvent dans des zones désertiques arides. Là, ils sont laissés sans aucune assistance, sans eau ni nourriture, les exposant au risque d’enlèvement, d’extorsion, de torture, de violences sexuelles et, dans les pires cas, à la mort. D’autres sont conduits vers des zones frontalières où ils sont apparemment vendus par les autorités à des trafiquants et des gangs qui les torturent pour obtenir une rançon. Ces pratiques sont des violations flagrantes des droits de l’homme.

Cette enquête constitue la tentative la plus complète à ce jour de documenter la connaissance et l’implication de l’Europe dans des opérations anti-migrants à motivation raciale en Afrique du Nord. Elle expose non seulement le fait que ce système de déplacement massif et d’abus est connu à Bruxelles depuis des années, mais qu’il est maintenu grâce à l’argent, aux véhicules, à l’équipement, aux renseignements et aux forces de sécurité fournis par l’UE et les pays européens.

Méthodes d’investigation

L’équipe a interviewé plus de 50 survivants de ces expulsions à travers la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie, tous originaires de pays d’Afrique subsaharienne ou de l’Ouest. Ces témoignages nous ont permis de reconnaître la nature systématique et raciste de ces pratiques. Certains survivants ont fourni des éléments visuels et/ou des données de localisation de leur périple, que nous avons pu géolocaliser pour corroborer leurs récits et cartographier les événements.

Migrants dans le désert
Migrants dans le désert

En plus du matériel visuel fourni par les survivants, Lighthouse Report a utilisé des méthodes open source pour trouver des vidéos publiées sur les réseaux sociaux prétendant montrer des expulsions. Il a alors cherché à géolocaliser et vérifier ces cas. En Tunisie, ont été vérifiés 13 incidents survenus entre juillet 2023 et mai 2024, où des groupes de personnes noires ont été rassemblés dans des villes ou des ports, conduits loin de là, généralement près des frontières libyenne ou algérienne, et abandonnés. Un autre incident montre qu’un groupe a été remis aux forces de sécurité libyennes puis incarcéré dans un centre de détention.

Témoignages et preuves

Timothy Hucks, un citoyen américain de 33 ans, a été arrêté par des policiers en civil à quelques mètres de son domicile à Rabat en 2019. Il se souvient avoir montré son permis de conduire américain et proposé d’aller chercher son passeport dans son appartement, mais l’officier l’a menotté et poussé à l’arrière d’une camionnette blanche.

Idiatou, une femme guinéenne dans la vingtaine, a raconté comment elle a été interceptée en mer en tentant de rejoindre les îles Canaries depuis la Mauritanie. Elle a été emmenée dans un centre de détention à Nouakchott, où des policiers espagnols ont pris sa photo avant de la forcer à monter dans un bus blanc en direction de la frontière malienne. Là, au milieu de nulle part, elle et 29 autres personnes ont été abandonnées.

François, un Camerounais de 38 ans, décrit comment il a été intercepté en mer par la Garde maritime nationale tunisienne en tentant de rejoindre l’Italie sur un bateau surchargé. Il a été embarqué dans des bus avec des dizaines d’autres Africains subsahariens et conduit dans une zone désertique près de la frontière algérienne.

Ces témoignages peuvent être visualisés sur le site de l’association.

Responsabilité Européenne

Les liens de financement européen rendent l’UE responsable de ces abus, selon des analystes et des universitaires. « Les pays européens ne veulent pas se salir les mains« , a déclaré Marie-Laure Basilien-Gainche, professeure de droit à l’Université de Lyon et spécialiste des droits de l’homme et de la migration. « Ils ne veulent pas être tenus responsables des violations des droits de l’homme et les externalisent à d’autres. »

Cette enquête met en lumière les pratiques inhumaines et racistes soutenues par l’Europe, révélant une face sombre des politiques de gestion des migrations de l’UE.

Masque Africamaat
Kofi Ndale, un nom qui évoque la richesse des traditions africaines. Spécialiste de l'histoire et l'économie de l'Afrique sub-saharienne
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