L’Etoile d’Alger

Aziz Chouaki signe avec L’Etoile d’Alger un roman juste, vrai. Jusqu’à la langue utilisée. Aziz Chouaki redonne à l’Algérien tout son génie créateur. Le français est une langue domestiquée, enrichie et surtout épanouie. Sous le soleil et les douleurs d’Alger.

Alger tient enfin son écrivain. Aziz Chouaki est irrémédiablement un écrivain citadin. Algérois et content de l’être. Aucun écrivain n’a réussi à faire une plongée aussi profonde dans la capitale algérienne. Avec une langue vivante, nouvelle. Très émouvante. Ironique, mordant, le français d’Aziz Chouaki est un émerveillement. C’est cette liberté linguistique qui donne au texte toute sa profondeur et rend l’enfer plus vivable. Pour suivre le cheminement de Moussa Massy, qui se rêvait le Michael Jackson d’Alger et se retrouve à délivrer des fetwas contre les intellectuels, il ne suffit pas de penser l’islamisme et de vivre à Alger. Il faut aussi maîtriser la langue ; saisir les nuances propres aux Algérois. Ce que Sartre appelait le génie populaire. Car la langue française n’est pas morte à Alger après l’indépendance de l’Algérie et le départ des Pieds-noirs mais s’est développée autrement.

Zomberetto, 6.15 et le FIS

Alger pendant les années 90. La décennie noire avec ses cortèges d’horreurs, ses rêves brisées, ses vies happées par les fous d’Allah et par le zombretto (mélange d’alcool à brûler et de limonade). Les jeunes se shootaient aux discours haineux des imams improvisés ou au 6.15 (amphétamines des bas-fonds). Quand ils fatiguent. Parce que c’est le plus grand mal qui guette les Algériens. Quand ils fatiguent, ils se noient dans le zombretto ou se laissent manger le visage par la barbe et portent des chemises de nuit.

L’Etoile d’Alger, paru aux éditions Balland, est un roman sombre, une sorte de Macadam cow-boy. Si Aziz Chouaki demeure cynique dans ses écrits et privilégie l’humour pour ne pas désespérer, le destin de Massy n’en est pas moins tragique. Et surtout logique. La longue descente en enfer a commencé tôt, trop tôt. L’auteur aurait pu signaler que toute ressemblance avec une ou des personnes existantes n’est sûrement pas fortuite. Elle est voulue et assumée. Ceux qui ont connu l’Algérie balbutiante de la démocratie seront très sensibles -avec beaucoup de nostalgie- aux clins d’oeil d’Aziz Chouaki.

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