L’escalade du terrorisme au Mali vue par la presse africaine

L’attaque de Savaré qui a fait 13 morts a fait couler beaucoup d’encre au Mali mais aussi dans de nombreux journaux du continent ce lundi matin. Petit tour d’horizons.

L’attaque de Sévaré au Mali a été très commentée dans la presse africaine. Pour le quotidien malien Le Républicain, certains de ces groupes terroristes, auteurs de l’attaque de Sévaré, « se sont formés après l’intervention des forces françaises et africaines en 2013 au Mali, qui ont eu le mérite de déloger les djihadistes des villes de Tombouctou, Gao, Douentzan, Konan et Diabaly. Mais les milliers de combattants endoctrinés qui n’ont pas été neutralisés se sont dispersés dans la nature et ceux d’entre eux qui avaient infiltré les habitants de certaines zones rurales au nord du Mali ont très tôt repris les activités en opérant des attaques, notamment dans la région de Gao.»

Et le Républicain d’ajouter : « Suite aux récentes attaques terroristes, beaucoup de citoyens se sont interrogés sur l’utilité de l’accord d’Alger. Un accord de paix signé avec seulement les groupes armés qui ont renoncé au terrorisme », soulignant qu’« aujourd’hui, bien que l’accord trouvé entre le Mali et les ex-rebelles suscite un espoir de paix, notre armée et les forces étrangères venues l’épauler pour stopper les groupes terroristes n’ont pas encore gagné la guerre.»

« La dégradation de la situation sécuritaire mérite d’être prise au sérieux par Bamako »

Pour sa part, le journal Liberté Algérie estime que « banditisme ou terrorisme, il est aujourd’hui certain que la dégradation de la situation sécuritaire au Mali mérite d’être prise au sérieux par Bamako, mais surtout par ses partenaires régionaux et onusiens.» Selon Liberté Algérie, « l’assassinat de dix villageois est un autre signal d’alerte pour se mobiliser contre les groupes terroristes, principalement Aqmi et Ansar Eddine d’Iyad Ag Ghali qui ont refait surface depuis la conclusion à Alger de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale, entre les autorités maliennes et les mouvements politico-armés du Nord-Mali.» Liberté Algérie constate également que « les récentes violences, cinq en l’espace d’une semaine, menacent aussi bien l’avenir de cet accord que celui des populations locales, lasses de subir les méfaits de la présence des terroristes islamistes dans le nord du Mali et le diktat des groupes politico-armés, à l’origine de la rébellion de 2012 contre Bamako ».

Revanche d’Ansar Dine ?

Le journal Guinée Conakry info se demande de son côté, s’il ne s’agit pas d’une revanche des principaux responsables de ces groupes armés. « Beaucoup y voit une revanche macabre du chef de file d’Ansar Dine, le terrible Iyad Ag Ghali. Cependant l’attentat n’est toujours pas revendiqué, ce qui laisse place à toutes les conjectures possibles.»

L’opération Serval n’a pas servi à grand chose

Pour le journal guinéen Ledjely.com, le problème c’est que « depuis que des jihadistes mêlés aux indépendantistes touarègues ont foutu le bordel, la région a du mal à retrouver son climat ordinaire. Au contraire, la gangrène donne l’impression de s’attaquer à tout le pays. C’est à croire que l’opération Serval n’a pas servi à grand-chose. Au regard des problèmes qui sont de plus en plus récurrents dans cette partie du pays, on oublierait presque qu’un accord a été dernièrement conclu entre mouvements indépendantistes touarègues et gouvernement malien. »

Le quotidien burkinabè l’Observateur Paalga, de son côté, se pose la question suivante : « Cette première prise d’otages au Mali (sauf erreur ou omission de notre part) traduit-elle un essoufflement de djihadistes de moins en moins capables de mener des actions militaires sur le terrain et qui changent ainsi leur modus operandi (mode opératoire) ? ». Et le journal burkinabè de poursuivre : « Il est en effet plus facile de prendre des otages dans les cinémas, restaurants, hôtels et autres lieux publics à moins que les autorités maliennes fassent surveiller, voire garder tous ces endroits, ce qui n’est certainement pas à la portée de Bamako. Et comme, en plus de rester médiatisés, les kidnappeurs se procurent le nerf de la guerre…» Tout porte à croire que la guerre contre les groupes terroristes dans le nord-Mali n’est pas prête d’être achevée.