L’appel du 19 juin

 

La juge française Eva Joly a dévoilé jeudi sa Déclaration de Paris, un texte dénonçant la corruption et appelant la communauté internationale à créer les conditions qui permettront à la justice de la combattre. Plusieurs ONG et une quinzaine de personnalités, dont le Prix Nobel de Littérature nigérian Wole Soyinka, y apportent leur soutien.

La Déclaration de Paris de la juge française Eva Joly vient clore une semaine riche en initiatives contre la corruption internationale. Mardi, paraissait une étude du Catholic Relief Services (CRS) sur les risques d’instabilité politique liés à la possession de pétrole en Afrique. Le même jour, le Premier ministre britannique Tony Blair lançait un appel pour plus de transparence dans les transactions avec les pays africains. Eva Joly qui a dévoilé son texte jeudi à la Sorbonne (Paris), réclame un  » changement de règles  » au niveau international afin de pouvoir combattre  » les effets dévastateurs de la grande corruption et de son corollaire, l’impunité « .

Depuis jeudi, un site offre la possibilité de rejoindre ce mouvement. Le juge Baltasar Garzón, le conseiller à la Cour d’Appel chilienne Juan Guzman ou encore Nina Berg, avocate internationale et femme du journaliste mozambicain Carlos Cardoso, assassiné au Mozambique alors qu’il enquêtait sur une affaire de corruption, ont déjà apposé leur signature. Ces signatures seront apportées aux délégations des différents gouvernements à la Convention sur la corruption, en décembre prochain à Mexico.

 » Suspension des immunités diplomatiques « 

 » L’impunité est un thème qui concerne la société civile toute entière. Les droits de l’Homme sont plus menacés par l’impunité que par tout autre facteur « , a déclaré, à la lecture de son texte, la magistrate française, actuellement conseiller spécial du gouvernement norvégien en matière de corruption. La  » grande corruption « , a-t-elle poursuivit, atteint  » parfois le coeur du pouvoir (…), mine les vieilles démocraties occidentales et entrave le développement des pays pauvres et leur liberté publique « .

A l’heure actuelle, de nombreuses figures africaines ont rejoint le mouvement anti-corruption. Outre le prix Nobel de Littérature nigérian Wole Soyinka, on compte John Githongo, conseiller du gouvernement kenyan pour la lutte contre la corruption ou l’Egyptien Cherif Bassiouni, président de l’Institut International des Hautes Études en Sciences Pénales à Syracuse (Italie). Le Cameroun, bien placé sur la liste noire des pays les plus corrompus au monde, est représenté par Pius N’Jawé, éditeur du journal Le Messager.  » L’Afrique ne pouvait pas ne pas s’associer à cette déclaration, car plus qu’ailleurs dans le monde c’est sur notre continent que la corruption fait le plus de dégâts (…). Elle y a gagné le coeur du pouvoir « , a-t-il déclaré.

Pour lutter contre le fléau, la Déclaration de Paris propose  » la suspension des immunités diplomatiques, parlementaires et judiciaires le temps des enquêtes financières « . A cela, il faut ajouter  » la création d’un crime de grande corruption « ,  » l’obligation légale faite aux dirigeants politiquement exposés de justifier de l’origine licite de leur fortune « , sans oublier  » la mise en place d’une veille bancaire  » autour de ces mêmes personnes.