L’Algérie se réfugie dans la religion

Les dignitaires religieux qui ont occupé le terrain social au lendemain du séisme du 21 mai dernier, en Algérie, sont de moins en moins visibles, l’Etat ayant petit à petit récupéré son rôle. Le tremblement de terre n’en n’a pas moins entraîné un regain de religiosité dans le pays, au moment où est attendue la libération des deux chefs historiques du FIS.

Une semaine après le tremblement de terre qui a frappé l’algérois, le 21 mai dernier, on ne voyait plus qu’eux. Tenue afghane, barbe pendante et les yeux maquillés au khôl, les islamistes n’avaient pas tardé à réactiver leurs réseaux pour occuper le terrain social laissé vacant par les autorités. Un mois après, leur présence est moins visible, mais ils continuent à asséner leurs prêches culpabilisant aux Algériens qui viennent en nombre les écouter dans les mosquées. Chacun se demande si ce regain de religiosité est passager ou s’il est appelé à durer.

Les  » talibans  » chassés

Il faut croire que le gouvernement algérien a retenu la leçon. Après le tremblement de terre qui a frappé la région de Tipaza, en 1989, les islamistes, déjà bien présents sur le terrain social, avaient renforcé leur présence dans les quartiers défavorisés, distribuant ici des vêtements, là de la nourriture, encore plus loin des médicaments. L’Etat providence : absent. Résultat, un raz-de-marée électoral pour le Front islamique du Salut (FIS) aux municipales de juin 1990, puis aux législatives de décembre 1991, interrompues. Les femmes journalistes qui se sont rendues à Thénia une semaine après le séisme du 21 mai dernier, pour s’enquérir de la situation des sinistrés, ont dû penser très fort que le phénomène allait se reproduire.  » Allez vous habiller (…) quittez les lieux, vous êtes à l’origine de la punition de Dieu « , s’étaient-elle entendues crier par les islamistes, en présence d’officiers de l’armée, de la gendarmerie et de la police. Dans certains lieux, les dignitaires religieux ont été jusqu’à mettre en place des réseaux de collecte de dons, sous le regard impuissant de l’administration.

Mais cette fois-ci, les  » talibans « , comme on les appelle à Boumerdès, n’auront eu le champ libre que l’espace de quelques semaines.  » Les choses sont rentrées dans l’ordre. Il n’y a plus l’anarchie qui régnait au début. Le Croissant rouge, les scouts musulmans d’Algérie et 200 administrateurs désignés par les autorités ont désormais pris la place des islamistes, chassés par les forces de l’ordre. Les personnes sans domicile sont logées dans des campements et la prochaine phase concerne l’aménagement de sanitaires et l’amélioration de l’électrification « , explique Salima Tlemçani, journaliste au quotidien El Watan.

Un regain de religiosité passager

Reste que les Algériens se rendent en masse dans les mosquées pour écouter les imams. Des imams qui culpabilisent leurs fidèles à travers leurs prêches et les rendent responsables de la catastrophe non plus naturelle, mais divine, qui les a frappé.  » Les gens se sentent désespérés et abandonnés. Les associations islamistes sont proches d’eux et la foi est un refuge « , explique Ali Yahia Abdenour, avocat et président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme. De fait, nombre de citoyens estiment que ce regain de religiosité n’est ni étonnant, ni appelé à durer. Le phénomène s’était produit en 1980 et en 1989, après les tremblements de terre d’El Asnam et de Tipaza.  » L’été approche et vous allez voir que les filles qui ont adopté le hidjab (voile) depuis un mois vont l’ôter et prendre la direction des plages algéroises « , assure une habitante de la capitale.

Les Algériens n’en restent pas moins méfiants. Le 2 juillet prochain, Abassi Madani et Ali Benhadj, les deux chefs historiques du Front islamique du Salut (FIS), doivent être libérés au terme de leur peine de douze années de prison.