L’Afrique pense sa cybersécurité en Côte d’Ivoire

Christelle N'Cho en session durant la conférence

La première conférence régionale sur la cybersécurité en Afrique se tient actuellement (17 au 20 novembre) à Yamoussoukro, la capitale politique ivoirienne. Christelle N’Cho, vice-présidente de l’Internet Society Côte d’Ivoire (Isoc-CI), co-organisateur avec l’Agence des télécommunications de Côte d’ Ivoire (ATCI) de la rencontre, revient sur les enjeux la lutte contre la criminalité virtuelle en Afrique.

Christelle N'Cho en session durant la conférenceLe chapitre ivoirien de l’Internet Society (Isoc-CI) existe depuis juin 2007 et est présidé par Didier Kla. La vice-présidence est assurée par Christelle N’Cho, directrice associée de la société de services en logiciels libres Open Technologies. La jeune femme est également la présidente-fondatrice de l’ONG ivoirienne Femmes & TIC.

Afrik.com : A quoi renvoie la Cybersécurité ?

Christelle N’Cho :
La cybersécurité consiste à prendre des mesures préventives, puis correctives et répressives contre les infractions dans l’environnement virtuel. Il s’agit notamment de toutes les atteintes aux libertés individuelles privées, par exemple l’accès à des données électroniques privées, des atteintes à la confidentialité et de la destruction d’infrastructures électroniques, comme celles relatives à la e-administration…

Afrik.com : Les spams correspondent à quoi ?

Christelle N’Cho :
Ce sont des formes d’atteintes à la liberté individuelle puisqu’il s’agit de messages indésirables. Ils envahissent les espaces de stockage de l’information et représentent un coût pour les fournisseurs d’accès et les internautes. Le spam est une véritable nuisance. En 2003, il représentait 54% du trafic total des messages électroniques échangés. En 2005, aux Etats-Unis, le nombre de spams envoyés a dépassé les 12 milliards de messages, soit 38,7% du trafic total du courrier électronique.

Afrik.com : C’est la première fois qu’une conférence sur la Cybersécurité se tient en Afrique. Quels sont les objectifs d’une telle rencontre pour un continent qui semble moins exposé parce que le développement du Net y est assez faible ?

Christelle N’CHO :
L’objectif majeur de cette rencontre est de bâtir un espace numérique de confiance en Afrique et cela est parfaitement indépendant du nombre d’internautes sur le continent. Il faut justement préparer le cadre de son évolution qu’il soit juridique, technique ou diplomatique. Même si le nombre d’internautes reste négligeable en Afrique, il est impératif de prendre des mesures préventives pour lutter contre la cybercriminalité. En matière de contrôle du Net, seuls deux pays sont en pointe sur la question : l’Afrique du Sud et la Tunisie, grâce à des contextes qui leur sont propres. Il faut inciter les autres pays africains à prendre des mesures et mettre en place une coopération internationale – les cybercriminels ne se trouvent pas là où sont commis les crimes – pour lutter contre des crimes aussi divers que la pédophilie, la pornographie, les escroqueries (le Nigeria a une triste réputation en la matière et la Côte d’Ivoire commence à enregistrer de nombreux cas, ndlr), le vol d’identité sur le Net et autres délits.

Afrik.com : Quels sont les autres enjeux de cette rencontre ?

Christelle N’Cho :
La certification, l’authentification des documents électroniques est aussi une question cruciale pour l’Afrique. Nous voulons jeter ici les bases d’une réflexion qui pourrait nous conduire à la mise en place d’une politique de certification commune pour l’authentification des documents électroniques. L’Union africaine est partie prenante de cette démarche et de la lutte contre la cybercriminalité en général. L’autre problématique majeure est la sensibilisation. Il faut que les gens soient informés des risques encourus quand ils naviguent sur la Toile.

Afrik.com : Existe-t-il des données chiffrées sur la cybercriminalité en Afrique ?

Christelle N’Cho :
C’est aussi l’une des raisons d’être de cette conférence : trouver des mécanismes et des outils pour l’évaluer. Les polices africaines sont partie prenante de nos travaux et nous allons collaborer avec elle pour entreprendre cette démarche.

 Lire le dossier d’Afrik sur les arnaques sur le Net