Les Nigérians, cyber-escrocs

Dans le jargon Internet, on appelle ça des  » spams « . Ce sont des mails non sollicités par l’internaute qui polluent les boîtes mails de publicités. Mais certains escrocs Nigérians s’en servent pour soutirer de l’argent à des pigeons naïfs. Des milliers de personnes, en majorité des Américains, ont déjà été victimes de ces agissements. Décryptage.

Vous venez de recevoir un spam (email non sollicité), intitulé « URGENT & CONFIDENTIAL ». Il émane d’une veuve d’officier, d’un médecin, d’un avocat, d’un grand patron ou encore d’un soit-disant officiel important du gouvernement nigérian qui vous demande de l’aide pour sortir illégalement une très grosse somme d’argent du Nigeria. En échange, vous toucherez une commission sur cette somme. Il vous suffit de donner votre numéro de compte en banque afin que l’argent y soit versé.

Si vous répondez favorablement à ce genre de mail, il se peut que vous soyiez la prochaine victime d’un réseau d’arnaqueurs qui a déjà plumé des milliers de pigeons à travers le monde et spécialement aux Etats-Unis. Votre correspondant nigérian vous demandera d’abord de verser des sommes plus ou moins importantes destinées à engager les démarches et payer des pots-de-vin pour faire sortir argent, avant de vider votre compte.

Fraude 419

L’arnaque n’est pas nouvelle. Elle existait bien avant la popularisation d’Internet et se faisait alors par courrier postal ou par fax. Selon le Département d’Etat américain, ce genre de lettre est apparu dans les années 80, au moment de la chute des cours du pétrole. Une situation de crise qui a poussé certains Nigerians à se tourner vers le  » crime économique « . Aujourd’hui, les spams nigérians inondent la Toile. La compagnie anglo-saxonne Brightmail, qui développe des filtres anti-spams, classe le spam nigerian parmi les dix plus recensés dans le monde. Il est aussi connu sous le nom de « 419 scam » (fraude 419) car il viole la section 419 du code pénal nigérian qui condamne l’escroquerie.

Selon le Rapport 2001 sur la fraude Internet du FBI, quelque 2 600 personnes aux Etats-Unis se sont plaintes de l’arnaque 419. Parmi elles, 16 ont déclaré avoir perdu 345 000 dollars en tout. Le FBI estime qu’une arnaque sur dix marche.

Enlèvement et chantage

Pourquoi les gens tombent-ils dans le panneau ? « Parce-que les emails sont plausibles », argue-t-on au Bureau de la fraude américain. « Les Occidentaux sont persuadés que la corruption gangrène tous les gouvernements africains, ils ne sont donc pas étonnés de ce transfert d’argent illégal. Le caractère urgent du texte pousse les gens à prendre une décision très rapide et la somme qu’on leur propose de toucher leur permet largement de prendre leur retraite à la minute…difficile de résister. »

Mais l’affaire peut se révéler plus dangereuse que la perte de son pécule. Les arnaqueurs cherchent à faire venir leurs « partenaires » au Nigeria, avant que ceux-ci ne se rendent compte de quelque-chose. Certains s’arrangent même pour que leur victime entre dans le pays sans visa afin de lui faire payer très cher son départ. D’autres la kidnappent pour demander une rançon. L’ambassade des Etats-Unis à Lagos note également les cas de personnes retenues contre leur gré, frappées et soumises au chantage. Selon le Département d’Etat américain, 25 meurtres ou disparitions d’Américains à l’étranger sont à lier avec la fraude 419.

Au goût du jour

Malgré l’assurance du gouvernement nigérian de s’attaquer aux fraudeurs, peu d’entre eux ont pu être arrêtés jusqu’à présent. Pas assez en tous cas pour stopper les spams qui s’adaptent à l’air du temps. Ainsi, les attaques du 11 septembre ont inspiré certains spams nigerians, comme celui rapporté par Wired :  » Une personne qui devait livrer une importante somme d’argent au World Trade Center le jour des attentats a survécu et ses confrères le croient mort. Il a gardé l’argent et aurait besoin d’un compte où déposer la somme en toute tranquillité…  » Les cyber-escrocs ont de la suite dans les idées.

Pour en savoir plus

Selon Wired, la dernière arnaque à l’e-mail en date cible les vendeurs en ligne. Le journal rapporte : « Un « businessman » nigérian cherche à acheter des biens de consommation en ligne comme une voiture. Il explique qu’un de ses partenaires aux Etats-Unis va envoyer un chèque, qui couvre le prix du bien acheté et le prix du transport. A l’encaissement du chèque, le « businessman » demande au vendeur de lui virer la somme pour le transport afin qu’il prenne directement ses dispositions depuis le Nigeria. Comme aux Etats-Unis le délai de vérification des chèques est de plus de 5 jours, les banques autorisent l’encaissement d’un chèque immédiatemment. Du coup, les vendeurs n’hésitent pas à faire le virement, oubliant que si la banque accepte l’encaissement, cela ne veut pas dire que le chèque est bon. Une semaine plus tard, la banque annonce que le chèque déposé était un chèque en bois et le vendeur a perdu la somme qu’il a viré au businessman. » Les vendeurs spoliés ont constitué une association sur le Net qui compte une centaine de membres.

Voir aussi, le site de Hoaxbuster, première ressource sur les canulars et arnaques du web.