
Un samedi d’octobre, moins d’une semaine avant l’ouverture des Jeux, Mamadou Diagna Ndiaye avait réuni les missions diplomatiques accréditées au Sénégal au siège du COJOJ, à Keur Ayo. Le président du comité d’organisation n’y avait pas déroulé de bilan chiffré. « Aujourd’hui, je voulais juste vous parler de soft power. Sans PowerPoint », avait-il lancé aux ambassadeurs. Huit jours après le début des compétitions, ce pari diplomatique, peu relevé à l’époque, commence à produire des résultats mesurables.
Le patron de l’olympisme sénégalais avait fixé la méthode. Selon lui, l’influence des Jeux « ne s’écrit pas dans les communiqués. Il se vit à la cantine du Village ». Il avait aussi formulé une demande précise aux diplomates : « Pendant les Jeux, invitez vos jeunes. Vos diasporas. Ne restez pas à l’Ambassade. » L’idée consistait à faire de chaque chancellerie un relais auprès des communautés étrangères et des diasporas installées au Sénégal, et de l’événement « une affaire du Sénégal ».
Les chancelleries au rendez-vous
Les premières réactions sont venues dès la cérémonie d’ouverture, qui a réuni près de 11 000 participants. L’ambassade des États-Unis a félicité le Sénégal pour cette « cérémonie d’ouverture historique ». L’ambassadeur d’Allemagne, Kai Baldow, a remercié Dakar pour une « merveilleuse cérémonie » et promis son appui « pour la jeunesse ». Son homologue belge, Hélène De Bock, a filmé la soirée pour les abonnés de son ambassade : « C’est un privilège d’être là et je vais vous amener avec moi ».
Le volet présidentiel a suivi le même fil. Bassirou Diomaye Faye a reçu plusieurs chefs d’État venus pour le sommet sur le sport et le développement durable puis pour l’ouverture des Jeux, dont Julius Maada Bio (Sierra Leone), Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani (Mauritanie) et Paul Kagame (Rwanda). Avec ce dernier, l’entretien a porté sur les priorités bilatérales entre Dakar et Kigali et sur la place croissante de l’Afrique dans l’organisation des grands événements sportifs.
Le Village, terrain d’essai
Reste le test le plus concret pour les organisateurs, celui de la vie quotidienne au Village olympique de la jeunesse. Le CIO a publié le 7 novembre les premiers résultats d’enquêtes indépendantes. Selon ces données, 89% des athlètes interrogés portent un regard favorable sur leur séjour au Village, et 96% jugent positivement la cérémonie d’ouverture. Côté population, 99% des Dakarois qui connaissent l’événement se disent fiers que le Sénégal et l’Afrique accueillent ce premier rendez-vous olympique.
Ces chiffres, diffusés par le CIO lui-même, devront être confrontés aux bilans des délégations après la clôture. Ils donnent toutefois une indication sur l’accueil réservé aux quelque 2 700 athlètes de 204 comités nationaux olympiques. Une deuxième vague de 476 membres de délégations venus d’Afrique, d’Asie, des Amériques et d’Europe est arrivée entre le 5 et le 7 novembre. Les Jeux accueillent aussi la première équipe olympique de la jeunesse des réfugiés, composée de six athlètes.
Des podiums qui parlent pour le continent
Sur le terrain, le continent a fourni des images utiles au discours diplomatique. Madagascar a obtenu sa toute première médaille de son histoire aux JOJ, en bronze. L’Égyptien Zain Ali s’est imposé sur 50, 100 et 200 mètres papillon. En rugby à sept, les Kényanes ont nettement battu l’Australie. Le Sénégal compte deux titres en lutte, grâce à Élisabeth Diatta en 55 kg et à Maguette Diop en 80 kg, pour trois médailles au total.
Le pays hôte peut encore enrichir ce bilan dans les prochains jours. En basket 3×3, les Lioncelles et les Lionceaux restent invaincus et joueront lundi pour une place en finale, face à la Chine pour les filles et à l’Allemagne pour les garçons. Devant les ambassadeurs, Diagna Ndiaye avait proposé d’ajouter la jeunesse aux richesses du pays. Il leur avait surtout demandé un petit mot de leurs capitales, qui serait pour le Sénégal « plus qu’une médaille d’or ».








