IB rentre en Côte d’Ivoire

Le major Ibrahim Coulibaly

L’ex-sergent chef des Forces nationale de Côte d’Ivoire, en exil au Burkina et soupçonné d’avoir fomenté la tentative de coup d’Etat de septembre dernier, a décidé de rentrer en Côte d’Ivoire à la faveur de la loi d’amnistie votée par le gouvernement. Bien qu’il s’en défende à demi mot, il pourrait devenir demain le nouvel homme fort du MPCI. Il prône la réconciliation nationale et le respect des Accords de Marcoussis.

Le major IB rentre en Côte d’Ivoire. En vertu de la loi d’amnistie promulguée par le gouvernement de Seydou Diarra, Ibrahim Coulibaly, à qui l’on prête un rôle majeur dans la tentative de coup d’Etat de septembre dernier, a décidé de rentrer d’exil. Sous le coup d’un mandat d’arrêt du Général Robert Gueï, avec qui il avait participé au putsch de 1999, IB a quitté le pays en 2000. Farouche opposant de l’ivoirité, il croit aux Accords de Marcoussis et devrait bientôt revenir sur le devant de la scène…à la tête du MPCI[[<**>Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire, principal mouvement rebelle dont Guillaume Soro est actuellement le leader politique]]?

Pourquoi décidez-vous de rentrer maintenant en Côte d’Ivoire ?

Ibrahim Coulibaly : Parce que l’Assemblée nationale, sur proposition du gouvernement en place, vient de voter une loi d’amnistie qui permet à tous les exilés ivoiriens de retrouver leur terre natale. Pour ma part, je suis heureux de retrouver ma famille, mes compatriotes et mes amis.

Pourquoi rentrez-vous à visage découvert ?

Ibrahim Coulibaly : Je n’ai jamais vécu ni caché, ni cagoulé. Lorsque je vivais au Burkina, tout le monde le savait, il en était de même lorsque j’étais en Belgique. Actuellement, je suis en France, tout le monde le sait aussi et le journal Le Temps, très proche du pouvoir en place, vient de l’écrire. Je ne vois donc pas pourquoi je ne rentrerais pas à visage découvert dans mon pays.

Que pensez-vous des accords de Marcoussis qui ne sont toujours pas appliqués ?

Ibrahim Coulibaly : Les accords de Marcoussis sont un cadeau royal pour la Côte d’Ivoire parce qu’ils constituent une base d’unité, d’élections générales transparentes et excluent l’ivoirité… en somme tous les problèmes qui avaient amené mes courageux frères d’armes à réagir. Je pense donc que tous les hommes politiques doivent s’impliquer sincèrement dans l’application intégrale de ces accords pour offrir à la Côte d’Ivoire une chance de paix sociale et de stabilité.

Que pensez-vous de la situation générale en Côte d’Ivoire ?

Ibrahim Coulibaly : Les Ivoiriens ont été malheureusement divisés. Aujourd’hui, l’économie est à l’arrêt et le tissu social est complètement détruit. Mais le vote de la loi d’amnistie est déjà une étape importante vers la paix sociale. Une fois que celle-ci sera consolidée dans des structures plus démocratiques, l’économie pourra repartir et tous ensemble nous pourrons reconstituer le tissu social dans la tolérance, le pardon mutuel, l’union de toutes les ethnies de Côte d’Ivoire entre elles mais aussi avec tous nos frères et sœurs étrangers qui nous ont toujours fait l’honneur de choisir notre pays pour vivre et travailler en participant activement jusqu’à maintenant à son essor et à son développement. Nous leur devons reconnaissance dans le respect de leurs droits et de leur dignité. Comme nous devons également reconnaissance à la communauté internationale, à toutes les institutions, aux pays qui se sont portés garants de l’application des accords de Marcoussis, et notamment la France qui n’a ménagé aucun effort diplomatique pour y parvenir.

Où vous installerez-vous en rentrant en Côte d’Ivoire ?

Ibrahim Coulibaly : Je rentre d’exil. Une fois dans mon pays, dans les semaines à venir, je prendrai les dispositions pour me trouver un logement décent.

Etes-vous derrière le MPCI ?

Ibrahim Coulibaly : Je laisse la responsabilité de leur propos à ceux qui disent que je suis derrière le MPCI…

Prendrez-vous directement la direction des opérations du MPCI ?

Ibrahim Coulibaly : Trois années d’exil, cela veut dire trois années passées loin de ma famille et de mes amis. Je suis donc fort heureux de les retrouver tous.

Quel rôle jouerez-vous ?

Ibrahim Coulibaly : Je tiens à dire combien je suis content de retrouver mes proches. Quant au rôle que je vais jouer, la Côte d’Ivoire est un pays pluriel de 16 millions d’habitants et chacun, à son modeste niveau, peut apporter sa pierre à la construction de l’édifice. Donc, pour mon futur rôle, ça viendra, tout cela dépend de Dieu.

Qu’attendez-vous de la transition actuelle sous Seydou Diarra ?

Ibrahim Coulibaly : Le retour de la paix et de la stabilité en Côte d’Ivoire, par l’application intégrale des accords de Marcoussis qui constituent la feuille de route du Premier ministre Seydou Diarra depuis le 25 janvier 2003.

Quel est votre message aux Ivoiriens ?

Ibrahim Coulibaly : J’exhorte les uns et les autres à s’inscrire fermement dans le processus de réconciliation nationale. La paix sociale nécessite qu’on place l’intérêt de la nation au-dessus des petits calculs politiciens. Enfin, je voudrais m’incliner sur la mémoire de toutes les victimes civiles et militaires tombées au cours de cette guerre civile. J’espère, dans la droite ligne de la loi d’amnistie, qu’on laissera la justice faire son travail en ce qui concerne les graves violations des droits de l’Homme dans notre pays.

Propos recueillis par D.E.S.

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