De l’amnistie à la fête de l’indépendance

Le 7 août 1960, la Côte-d’Ivoire devenait une République indépendante. Jeudi, le pays célébrait son quarante- troisième anniversaire d’indépendance sur le continent, mais aussi en France, à Paris, où nous nous sommes rendus.

« Le pays aux soixante ethnies », encore surnommé « la côte des bonnes gens », a fêté jeudi sa quarante-troisième année d’indépendance. Un événement majeur, tant pour Abidjan, le « Paris de l’Afrique occidentale », que pour la diaspora ivoirienne, à plusieurs milliers de kilomètres de là, dans la capitale française. Une foule, venue se rassembler à « la maison du pays », a écouté attentivement le message de son Excellence l’Ambassadeur M. Raymond Koudou Kessie, avant d’entamer en cœur l’hymne national pour le lever des couleurs. Un message qui rend hommage au « souvenir de la mobilisation exemplaire, pour que la Côte-d’Ivoire se relève et retrouve sa place de locomotive dans la sous-région ».

Un message qui, parlant au nom du Président Laurent Gbagbo, conjugue la crise et la guerre au passé « pour s’inscrire résolument dans la paix et la réconciliation nationale ». Et comme pour illustrer ces propos pacifistes, on pourra voir plus tard dans la matinée, M. l’Ambassadeur et les représentants des ex-rebelles se donner une accolade chaleureuse. « Les députés et les parlementaires ont voté l’amnistie hier. D’ici deux mois, il faudrait que le processus soit bouclé et demain, la Côte-d’Ivoire sera plus forte qu’elle ne l’a jamais été », affirme avec conviction l’ambassadeur ivoirien.

Désarmer son cœur pour armer la paix

C’est après des mois de débat au sein du gouvernement et des foyers que la loi d’amnistie a finalement été votée, le 6 août 2003, portant uniquement sur les atteintes à la sûreté de l’Etat, pour la période du 17 septembre 2000 au 19 septembre 2002. Si la loi exclut les violations des droits de l’Homme et les crimes économiques, les avocats du Collectif des victimes de guerre sont loin d’être satisfaits et attendent toujours les décisions d’indemnisation. Cette aide serait la bienvenue, alors que certaines parties de l’Ouest du pays ont été coupées de l’aide humanitaire pendant six mois.

Une situation qui ne touche pas seulement les 20 millions d’Ivoiriens, mais aussi toute une région déjà instable, particulièrement touchée par la crise libérienne. A Abidjan, c’est la première fois depuis quarante deux années d’indépendance que l’Onu et la Cedeao se voient mobiliser des milliers de soldats. Quant aux ex-rebelles, entrés au gouvernement de Seydou Diarra depuis quatre mois, ils doivent achever de démobiliser leurs soldats pour accéder à la phase de réinsertion sociale. Ce gouvernement de réconciliation nationale devra encore faire face à différents obstacles pour la mise en oeuvre des accords de Marcoussis. Dans ce contexte, les paroles de M. Koudou Kessie font entrevoir un avenir plein d’espoir à un pays qui s’est désormais bien installé dans le processus de stabilisation : « Il faut désarmer son cœur pour pouvoir armer la paix et se pardonner ».

Marie Vabre