
La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, a annoncé une forte baisse du prix bord champ pour la campagne intermédiaire. Fixé désormais à 1 200 francs CFA le kilo contre 2 800 francs lors de la campagne précédente, ce réajustement intervient après la chute des cours sur le marché mondial. Si les autorités invoquent une décision économique nécessaire, la mesure provoque inquiétude et colère chez de nombreux planteurs.
C’est un véritable coup de massue qui s’est abattu sur les zones forestières de la Côte d’Ivoire. Mercredi, le gouvernement ivoirien a annoncé le prix bord champ pour la campagne intermédiaire de commercialisation du cacao. Après avoir atteint le sommet historique de 2 800 francs CFA le kilo lors de la campagne principale, le tarif s’effondre pour s’établir à 1 200 francs CFA. Cette baisse drastique de près de 60 % plonge des milliers de familles de planteurs dans une incertitude financière profonde, alors que la filière représente près de 14 % du produit intérieur brut (PIB) national.
Un réajustement dicté par le marché mondial
La décision, qualifiée de « nécessaire » par les autorités, est la conséquence directe du retournement des cours sur le marché international. Si le début de l’année 2024 avait vu la tonne de cacao s’envoler au-delà des 11 000 dollars, la réalité actuelle est tout autre avec un prix à la tonne avoisinant désormais les 2 900 dollars.
Selon le ministre de l’Agriculture, Bruno Koné, le cacao ivoirien se vendait ces dernières semaines 75 % plus cher que le cours mondial, rendant le maintien du prix précédent impossible. Ce réajustement vise à enrayer une crise de mévente et de surstockage qui menaçait de paralyser l’ensemble de la chaîne d’exportation du premier producteur mondial.
Le sentiment de trahison chez les producteurs
Sur le terrain, la colère le dispute à l’incompréhension. Pour de nombreux planteurs, au-delà de la perte financière, c’est la méthode qui est pointée du doigt. Laurent Kouakou Koffi, qui gère une plantation près d’Agboville, se dit abasourdi par ce tarif qui remet en cause tous ses investissements de l’année.
Le grief principal réside dans le manque d’anticipation : beaucoup de producteurs espéraient un maintien du prix promis par le Conseil café-cacao. Le changement brutal de règle en cours de route est perçu comme une rupture de confiance, d’autant que des stocks importants de la campagne précédente dorment encore dans les coopératives, faute de preneurs au prix fort.
Entre pragmatisme et survie économique
Pourtant, au milieu de cette déception généralisée, certains producteurs affichent un pragmatisme teinté de résignation. L’exemple de Bakary, planteur disposant de plusieurs tonnes de fèves stockées depuis décembre, illustre ce paradoxe. Pour lui, un prix de 1 200 francs CFA payé immédiatement est préférable à un prix de 2 800 francs théorique mais jamais encaissé.
L’urgence est au paiement des frais de scolarité et aux besoins quotidiens des familles. L’État a tenté d’atténuer le choc en annonçant le rachat de 100 000 tonnes d’invendus de la campagne principale au prix fort de 2 800 francs, mais pour la majorité des cinq millions de personnes vivant de l’or brun, la période qui s’ouvre s’annonce particulièrement difficile jusqu’à la prochaine révision tarifaire prévue en septembre.




