Hommage Immortel à Son Excellence Le Président Ruben Um Nyobè, Héros de la dignité du Peuple Kamerunais

Le 13 septembre 1958, l’armée française accompagnant ses supplétifs coloniaux d’Afrique, assassinait le Mpodol Ruben Um Nyobè à Boumnyébél au Cameroun.

Le motif de l’élimination du Secrétaire Général de l’Union des Populations du Cameroun et de la direction du mouvement indépendantiste kamerunais dans son ensemble par la puissance de tutelle était double:

– Imposer au peuple Kamerunais une indépendance sous la haute surveillance des Accords de défense et de Coopération assurant l’accès prioritaire de la France aux richesses du Kamerun
– Imposer au peuple Kamerunais une élite politique de collaborateurs dociles à la raison coloniale, à savoir successivement, Charles Okala, André-Marie Mbida, Ahmadou Ahidjo et Paul Biya, aujourd’hui encore au pouvoir.

A quelques nuances près, tous ces hommes de paille du régime colonial avaient en commun, la haine de la revendication d’indépendance radicale et le mépris du peuple des citoyens. Ils obtinrent d’ailleurs dès 1961, le ralliement de l’élite bourgeoise du Southern Cameroons ( Endeley, Foncha, Tandeng Muna,) à leur projet de gouvernance vassalisée de la république fédérale. Ensemble, ils confisquèrent le pouvoir depuis lors, au détriment de l’Etat de droit, du progrès partagé, de la démocratie et de la prospérité du Kamerun.

Um Nyobé en 1958, Félix Moumié en 1960, Ossendé Afana en 1966, Ernest Ouandié en 1971 et près d’un demi-million de kamerunais furent massacrés pendant 25 années de guerre asymétrique sans merci, parce qu’ils voulaient que le peuple soit effectivement le détenteur de la souveraineté politique sur le territoire de mon pays natal.

La logique de cette dépossession de la souveraineté du peuple kamerunais n’a guère cessé. De 1960 à 1982, soient près de 25 ans durant, Ahidjo a gouverné le pays, à la tête d’un parti unique, sans tolérer la moindre compétition démocratique au sommet de l’Etat. De 1982 à 1992, Biya a fait de même pendant 10 ans. Depuis 1992, il s’est maintenu par la confiscation et le tripatouillage du système électoral et la mise en place d’une camisole de force militaro-médiatico-administrative sur le peuple du Kamerun. Soient bientôt 36 ans de monolithisme cynique et brutal. La soi-disant élection présidentielle du 7 octobre 2018 est à ce titre, une tragicomédie de plus et de trop.

Ainsi, la cause de la souveraineté populaire kamerunaise, pour laquelle le Mpodol et ses compagnons, mais aussi des centaines de milliers de kamerunais furent assassinés, n’a pas encore été reconnue. Le Kamerun actuel est donc un pays en état de dissociation psychique, car il n’a ni reconnu, ni convenablement honoré ses grands morts. C’est un pays fou de n’avoir pas eu la compassion envers ceux qui l’ont tant aimé qu’ils lui dédièrent leurs vies. Mon pays natal est hanté par ses morts déshumanisés. Les crânes des défunts sortent de terre et lui infligent forces cauchemars nocturnes et diurnes.

En ce énième anniversaire funèbre en la mémoire d’Um Nyobè, je formule l’intention qu’un jour, un Mausolée digne de son sacrifice et de celui de ses illustres compagnons, soit bâti dans la Nouvelle Capitale de la Future République Fédérale du 21ème siècle Kamerunais, Kamerun-ville ou Kamerun-town, quelque part entre les régions du centre et l’Adamaoua. Je visualise et je crois qu’un jour, Um sortira réellement ou symboliquement de sa prison de béton de Boumnyébél pour reprendre contact avec la terre du Kamerun à laquelle il a dédié le meilleur de son âme glorieuse. Je vois tous ces morts célèbres et anonymes, méprisés sous le nom de « maquisards », par l’engeance funeste dont le despote Paul Biya est l’héritier, frémir de joie dans l’au-delà quand ils verront enfin apparaître le Kamerun de leurs entrailles déchirées: un Etat de droit efficace, juste et prospère dans une Afrique centrale intégrée dans la dynamique continentale et dans un nouvel équilibre positif des puissances planétaires.

Je vis depuis ma tendre enfance, pour réaliser un jour avec ce peuple endolori et abasourdi, ce bel augure. Yes, I have that dream!

Hommages et respects éternels, Monsieur Le Président Posthume et Honoraire de la future République Fédérale du Kamerun, Son Excellence Ruben Um Nyobè!

Gloire à vous, morts sans sépultures de mon pays natal!
Notre devoir est de sublimer vos âmes, dans le pays qui arrive.

Professeur Franklin Nyamsi Wa Kamerun
Président du Collectif Diasporique Camerounais
Paris, le 13 septembre 2018