Hollande en Tunisie : « L’islam est compatible avec la démocratie »

Le Président François Hollande a conclu, ce vendredi, une visite officielle de deux jours en Tunisie. Sa présence de l’autre côté de la rive méditerranéenne est passée quasi-inaperçue en raison du renversement de Mohamed Morsi en Egypte. Cette visite a eu comme un goût de repentance.

François Hollande a achevé incognito ce vendredi sa visite officielle de deux jours en Tunisie. Et pour cause, le « coup d’Etat militaire » contre le Président Morsi en Egypte, sous l’impulsion de la rue, a littéralement éclipsé le déplacement du dirigeant français. Hollande apportait pourtant un message important à la Tunisie, celui de « refonder » les relations entre les deux pays.

Côté refonte, il y a du boulot. Les Tunisiens ont toujours une amertume vis-à-vis de la France depuis le soulèvement populaire de janvier 2011 qui a mis out l’ancien dirigeant Ben Ali, aujourd’hui exilé en Arabie Saoudite. Rappelez-vous, Michèle Alliot-Marie, à l’époque ministre des Affaire étrangères sous Sarkozy, avait proposé le mardi 12 janvier à la Tunisie, devant l’Assemblée nationale française, le savoir-faire français à la police tunisienne pour « régler les situations sécuritaires ». C’est l’explosion, la déchirure est entamée. Les manifestants tunisiens sont choqués de la proposition française et ne pardonneront pas. Une faute qui aura valu à Alliot-Marie son limogeage.

A cela se sont ajoutés la désinformation, les « reportages bidonnés » et le manque de tact de la presse française, de manière générale, à propos de certaines situations en Tunisie, depuis janvier 2011, qui ont rendu las ceux qui se sont battus pour obtenir leur liberté.

L’heure de la repentance a sonné

Le Président français n’a eu d’autre choix que de reconnaître vendredi, devant le Parlement tunisien, les « blessures », et le mot est faible, subies par la relation franco-tunisienne. « Refonder notre relation, c’est tirer toutes les leçons du passé, même le plus brûlant », a déclaré le Président français devant l’Assemblée nationale constituante (ANC) dirigée par Mustapha Ben Jaafar (Ettakatol). « Car il y a des blessures, je les connais, il y a eu des incompréhensions au moment de la Révolution tunisienne », a-t-il poursuivi. « A ce moment-là, à Paris et partout en France, des Tunisiens venaient me voir, espérant le soutien de la France dans ce moment décisif, disaient leur déception, mais aussi leur attente », s’est souvenu François Hollande, qui était alors dans l’opposition.

L’islam et la démocratie

Les politiques français et une partie de l’opinion publique affirment que l’islam et la démocratie ne sont pas compatibles. Mais contre toute attente, le Président français a affirmé le contraire devant les parlementaires tunisiens. Sous les applaudissements, François Hollande a lancé : « la France sait que l’islam et la démocratie sont compatibles ». Discours de complaisance ? – La Tunisie est gouvernée depuis octobre 2011 par un cabinet dominé par les islamistes d’Ennahda – Ou de conviction ? La France avait sous-estimé le soulèvement en Tunisie, le temps est venu pour elle de remettre les pendules à l’heure. Son affirmation, qui engage la France, risque en tout cas de mettre en grogne plus d’un dans l’hexagone, car convaincus du contraire.

Bien mal acquis, le décompte

Hollande a aussi promis de restituer à la Tunisie les biens mal acquis par la France pendant le régime de Ben Ali. « Tout ce qui a été mal acquis vous sera rendu », a-t-il dit avant de compléter : « J’ai donc demandé que tout soit mis en œuvre pour accélérer les procédures et faciliter l’identification de ces biens ». Pour mener à bon port cette procédure, un magistrat français sera « bientôt installé à Tunis pour y veiller ».

Le chef de l’Etat français, qui était accompagné d’une délégation composée de ministres, de parlementaires, de chefs d’entreprises, d’artistes ou encore de personnalités, a fini par délivrer son « message d’encouragement ». Il a également rencontré jeudi son homologue Moncef Marzouki (indépendant) et le Premier ministre Ali Larayedh (Ennahda).

Ce déplacement clôt ses premières visites officielles au (petit) Maghreb en tant que Président. Il avait commencé, les 19 et 20 décembre 2012, par l’Algérie – où là aussi Hollande avait du pain sur la planche pour renouer avec un pays en froid sous l’ère Sarkozy -, puis, les 3 et 4 avril dernier, par le Maroc.