Histoire de Fadhma

Fadhma Aïth Mansour Amrouche raconte l’histoire de sa vie dans une langue dépouillée et poignante. Kabyle, chrétienne, née au 19ème siècle et perpétuellement en exil, elle fait montre d’une force de caractère et d’un courage exceptionnels.

Fadhma Aïth Mansour Amrouche est une grande dame kabyle. Chrétienne, elle sera l’une des premières filles à fréquenter les écoles françaises de Grande Kabylie, dans les années 1880-90. Elle raconte sa vie d’une écriture dépouillée et limpide. Avec simplicité. Elle a rédigé Histoire de ma vie en un mois et l’a légué à son fils Jean Amrouche, le célèbre poète berbère. Publié initialement en 1968, le livre ressort aujourd’hui en collection de poche. Il est l’occasion de découvrir le destin bouleversé et bouleversant de Fadhma.

Née hors mariage, elle portera toute son enfance la tare d’être  » l’enfant de la faute  » et avoue que c’est à partir de son mariage avec Belkacem-Ou-Amrouche, en 1899 (elle a alors 16 ans) qu’elle ne se sent  » plus isolée « .  » Pour le pire comme pour le meilleur, nous étions deux « , se souvient-elle. Entrée dans le clan Amrouche, à Ighil-Ali (Petite Kabylie), elle observe avec accuité les rivalités au sein de la famille et impose, parfois avec violence, sa force de caractère. Elle donnera à chacun de ses six enfants un prénom chrétien et musulman.

Eternelle exilée

Fadhma égrène des souvenirs amers ou sucrés, au goût de figues noires et de raisins mûrs. Elle raconte la dure vie dans le village kabyle, la misère, son exil à Tunis, les premiers départs de ses enfants. Son autobiographie permet également de comprendre la difficile situation des kabyles chrétiens. Alors que les coutumes de Petite Kabylie défendent aux femmes jeunes de sortir de la maison et de se montrer aux hommes, elle sera obligée pendant de longues années de se rendre à la messe en cachette. Partant à l’aube en compagnie de son mari et revenant à la nuit tombée pour que personne du village ne puisse voir qu’ils avaient été chez les  » Roumis « .

Celle qui se définit comme une  » éternelle exilée  » est morte en Bretagne (France) en 1967 à 85 ans, après avoir enterré son mari et tous ses fils. Illustré par des photographies, des pages manuscrites et une sélection de ses poèmes, l’ouvrage est d’une poignante sincérité.  » Il s’agit d’un défi aux bouches cousues : c’est la première fois qu’une femme d’Algérie ose écrire ce qu’elle a vécu, sans fausse pudeur et sans détour « , écrit Kateb Yacine dans la préface de la première édition.

 » Du plus profond de sa tombe d’exil, en terre bretonne, Fadhma semble nous dire :  » Algériennes, Algériens, témoignez pour vous-mêmes ! N’acceptez plus d’être des objets, prenez vous-mêmes la plume, avant qu’on se saisisse de votre propre drame, pour le tourner contre vous !  » (…) Je te salue Fadhma, jeune fille de ma tribu, pour nous tu n’es pas morte ! On te lira dans les douars, on te lira dans les lycées, nous ferons tout pour qu’on te lise !  »

Histoire de ma vie de Fadhma Aïth Mansour Amrouche, éditions La Découverte/Poche.

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A noter : la sortie du livre en coffret, avec Le grain magique de Taos Amrouche, la fille de Fadhma. Le grain magique est une transcription des contes, chants et proverbes de Kabylie que Taos a recueilli auprès de sa mère.