Heverton Couture : « Le meilleur compliment qu’on peut me faire est de porter mes vêtements »

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Afrik.com vous avait fait connaître, en 2004, le jeune créateur malien Amadou Sidibé et sa marque Heverton Couture. Deux ans plus tard, qu’est-il devenu ? Il est non seulement toujours là mais il a commencé à structurer son activité en société. Interview de néo chef d’entreprise qui se bat pour un projet guidée par la passion.

arton7088.jpgNeuf ans déjà. La marque Heverton Couture est toujours fidèle au poste et la motivation de son créateur, Amadou Sidibé, toujours aussi inoxydable. Le jeune Malien de 25 ans, dont Afrik vous avait parlé il y a deux ans, a fait du chemin, notamment en franchissant le pas de la création d’entreprise. Dans le cadre d’un suivi médiatique de parcours de porteurs de projet, nous avons décidé de retrouver sa trace en banlieue parisienne.

Afrik.com : Comment a évolué Heverton Couture depuis 2004 ?

Amadou Sidibé :
Depuis 1997, j’opérais en indépendant, mais j’ai décidé, cette année, de me structurer en société : Herverton Couture entreprise. J’ai été aidé en cela par deux organismes l’Adie et Prisma 95 pour trouver des fonds. J’ai réussi à avoir 10 000 euros. Le dossier et le projet ont séduit pas mal de monde. En avril dernier, j’ai même remporté le concours de jeunes créateurs d’entreprise du Val d’Oise (région parisienne, ndlr). Autre nouveauté, la marque est désormais disponible sur Internet. Sans vraiment avoir commencé la publicité, j’ai déjà quelque 500 internautes par mois qui visitent la cyber-boutique.

Afrik.com : Les créateurs de marques de vêtement sont unanimes sur le fait qu’il s’agit d’un vrai parcours de combattant. Avez-vous déjà eu l’envie de tout arrêter ?

Amadou Sidibé :
Je ne crois pas, même si je me suis parfois vraiment remis en question. Mais, au delà de ma propre motivation, le soutien entourage et des clients m’ont toujours donné la force de continuer. Et je n’arrêterais pas tant que je n’aurais pas atteint mon but.

Afrik.com : C’est-à-dire ?

Amadou Sidibé :
Il y a un double message dans Heverton Couture. L’un est destiné à tous ces jeunes qui ont peut être eu un parcours difficile, pour leur dire qu’il faut toujours persévérer et que même s’il l’on part de rien on peut arriver à quelque chose en se fixant des objectifs et en s’armant de patience. Même si mon principal intérêt reste de prendre du plaisir à créer des vêtements, je travaille pour une certaine ascension sociale. Je suis issu d’une famille modeste. Et quand on voit des exemple de réussite comme Airness, on voit bien que c’est possible. L’autre message est interculturel. Heverton développe un métissage africain dans ses créations et, pour moi, le métissage est le signe d’une société évoluée. Je suis fier qu’un Blanc ou qu’un Asiatique puisse s’approprier la marque. Et c’est normal ! Moi j’aime bien porter mon maillot du Brésil, pour autant je ne suis pas Brésilien !

Afrik.com : Justement quels liens gardez-vous avec le Mali ?

Amadou Sidibé :
Je reste évidemment très attaché à mes racines, comme en témoigne le fait que je parle couramment bambara. Mais mes liens avec le Mali vont plus loin. Je fais régulièrement venir du tissu du pays pour réaliser mes t-shirts. Mon objectif, à terme, est de faire fabriquer sur place une partie de mes collections. Il y a beaucoup à faire là-bas pour contribuer à faire vivre et développer l’économie nationale.

Afrik.com : Herverton Couture est-elle votre activité principale ?

Amadou Sidibé :
Malheureusement pas encore. Je travaille encore à côté pour bien lancer l’entreprise. Mais ce qui est magique, c’est que ça peut exploser du jour au lendemain. Il n’y a pas de délais, la grosse commande peut tomber n’importe quand. Aujourd’hui, je ne produit que 200 pièces par mois mais j’ai la capacité de répondre à n’importe quelle demande en matière de quantité. J’ai le même fournisseur depuis le départ, Impress Design, qui pourra s’aligner.

Afrik.com : Quels sont vos circuits de distribution ?

Amadou Sidibé :
La marque est distribuée principalement sur le marché de Sarcelles (banlieue parisienne, ndlr) et sur le site Internet. La distribution est un sujet clé dans le développement d’une marque. Aussi je reste ouvert à toute proposition en ce sens.

Afrik.com : Avez-vous, comme c’est souvent le cas des marques en devenir, des personnalités qui vous soutiennent ?

Amadou Sidibé :
Oxmo Puccino (artiste rap, ndlr) me suis depuis le début et sait se rendre à chaque fois disponible pour me donner un coup de pouce. Sinon certaines personnalités (comme Mouna Ayoub ou encore Laetitia Halliday, ndlr) m’ont apporté un soutien ponctuel en prêtant leur image, le temps d’une photo, à la marque. Et je ne leur en demande pas plus.

Afrik.com : Quel est le plus beau compliment qu’on vous ait fait ?

Amadou Sidibé :
Le meilleur compliment qu’on peut me faire est de porter mes vêtements. J’ai eu une vraie émotion quand j’ai croisé pour la première fois un inconnu qui s’habillait en Heverton. Et ça me fait le coup à chaque fois. On ne s’y habitue pas.

Afrik.com : Quels sont vos objectifs à court terme ?

Amadou Sidibé :
Développer le trafic sur le site et le nombre de commandes. Nos délais de livraison sont tenus, il ne faut que les gens hésitent à commander en ligne. Pour l’instant le paiement s’effectue par chèque. Pour Paris et région parisienne peut payer en direct sur rendez-vous… Et puis je vais me concentrer sur la collection féminine, avec des manteaux, des petits hauts, des robes et des jeans.

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