Ma mode à moi

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Avec sa marque Heverton, Amadou Sidibé est le nouveau venu dans le monde des jeunes créateurs africains en France. Comme ses prédécesseurs et compatriotes maliens Mohamed Dia et Malamine Koné (Airness), Amadou Sidibé est lui aussi issu de la banlieue parisienne. Mais le styliste de 22 ans entend se démarquer des deux précurseurs en puisant dans ses racines africaines. Interview.

Après Mohamed Dia, Malamine Koné, voici le nom d’un autre jeune styliste africain en France a retenir : Amadou Sidibé. Sa marque : Heverton. Né au Mali il y a 22 ans, le garçon atterrit à Clichy-Sous-Bois (région parisienne) après son premier anniversaire. Très vite, la mode l’attire. Mais il mettra quatre ans à mûrir son projet. Complètement autodidacte, il dessine ses premiers modèles en 1997 et nourrit sa créativité de ses racines africaines. Distribué aujourd’hui en magasins, il caresse l’ambition de vivre de sa passion.

Afrik : Quelle est la genèse d’Heverton ?

Amadou Sidibé : J’ai toujours été passionné par la mode, les défilés, les vêtements. Mais je trouvais toujours des défauts aux habits que je voyais. Alors, j’ai eu l’idée d’en créer moi-même. Je me suis dit que j’allais dessiner les vêtements que j’aimerais porter. C’est à la suite de cette réflexion que j’ai créé un nom de marque comme base de travail, on était en 1997-1998. Par la suite, il a fallu trouver un concept qui me ressemblait, et pour moi, il devait avoir un rapport à l’Afrique. Mais ayant grandi en France et possédant donc cette culture occidentale, j’ai cherché à malaxer les deux et ça m’a donné le projet Heverton. Un mélange qui se ressent d’ailleurs très nettement dans mon travail.

Afrik : D’où vient le nom Heverton ?

Amadou Sidibé : Au départ, je ne voulais pas d’un nom qu’on trouve dans le dictionnaire. Mais j’avoue que je serai bien incapable de vous dire comment c’est arrivé. C’est bien après l’avoir trouvé que j’ai entendu parler de la ville anglaise mais qui s’écrit elle, sans le « h ».

Afrik : Quand vous êtes vous lancé à fond dans le projet ?

Amadou Sidibé : Il y a tout juste deux ans. Pendant les quatre premières années, je me cherchais parce que je n’ai pas fait d’études dans le domaine. J’ai donc dû apprendre pas à pas, sur le tas. Si j’ai attendu plusieurs années avant de me lancer, c’est tout simplement parce je voulais acquérir de la maturité. Quand j’ai remarqué qu’il y avait un engouement pour le produit, je me suis dit qu’il fallait sauter le pas. Car en hésitant je n’y arriverais jamais.

Afrik : Comment vos parents ont réagi au début quand vous leur avez annoncé que vous vous lanciez dans le stylisme ?

Amadou Sidibé : Ils ont d’abord été surpris et j’ai compris qu’ils étaient un peu pessimistes. Mais dès qu’ils ont vu que j’étais vraiment passionné, ils m’ont encouragé sans aucune réserve.

Afrik : Vivez-vous aujourd’hui d’Heverton ?

Amadou Sidibé : La création de vêtements n’occupe pas tout mon temps. Je suis actuellement télévendeur (vente par téléphone, ndlr). Mais je reconnais que la création pourrait vite devenir mon activité principale, car les choses bougent si vite.

Afrik : Considérez-vous la mode, la vôtre, comme un travail économique ou artistique ?

Amadou Sidibé : C’est d’abord artistique et c’est bien après que l’économique vient.

Afrik : Quelle (s) différence (s) y-a-t-il entre Heverton et les autres lignes de vêtements lancées par des jeunes de banlieue ?

Amadou Sidibé : Heverton ne veut pas se mettre exclusivement sur un créneau street (de rue, ndlr), ni s’enfermer dans le communautarisme. Je souhaite toucher tout le monde. Il y a aussi une notion de créativité chez moi : mes t-shirts se mélangent avec les tissus africains. Et je crois que c’est surtout cette créativité qui fait la différence.

Afrik : Que pensez-vous de Mohamed Dia, précurseur en la matière ?

Amadou Sidibé : Il a permis de démocratiser le milieu de la mode. Grâce à lui, les portes sont ouvertes et désormais, les créateurs qui ont une fibre artistique peuvent s’exprimer et être crédibles.

Afrik : A ce sujet, comment faites-vous pour faire connaître Heverton ?

Amadou Sidibé : J’ai rencontré récemment, le rappeur Oxmo Puccino. C’est quelqu’un de très ouvert qui a adoré mon travail. Et comme il va bientôt avoir une actualité médiatisée, je vais donc en bénéficier.

Afrik : Quel est votre réseau de distribution ?

Amadou Sidibé : Il faut passer par plusieurs étapes pour en arriver là. Il faut d’abord de la création artistique et quand le produit est vivant, on commence à démarcher des boutiques. Actuellement, je suis distribué dans un magasin Ekivok et bientôt, dans trois boutiques Dangerous. Mais je peux aussi vendre à distance. On peut donc me contacter par mail.

Afrik : A terme, pensez-vous créer autres choses que les t-shirts ?

Amadou Sidibé : Beaucoup de gens, notamment des filles me le réclament. Il va donc y avoir une création de lignes de pantalons, de chapeaux, de streetwear… C’est le t-shirt qui va amener tous ces produits sur le marché.

Contact : hevertoncouture@yahoo.fr

 Distribué chez Ekivok ( Métro Châtelet-les-Halles, bd Sébastopol).

 En Mars, dans les boutiques Dangerous de Sarcelles (Centre commercial les Flanades), de Beauvais, et de Boissy-Saint-Léger.

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