
La journée de ce samedi a été particulièrement violente en Guinée-Bissau. Des attaques armées ont ciblé les sièges de partis d’opposition et des manifestants ont fait l’objet d’une brutale répression. Dans la même journée, les militaires au pouvoir ont annoncé la formation d’un gouvernement de transition, avec des nominations marquées par une forte présence militaire et des figures proches du régime déchu.
En Guinée-Bissau, la tension ne retombe pas, quatre jours après le renversement du Président Umaro Sissoco Embaló. Le pays continue d’être secoué par des actes de violence prenant une ampleur inquiétante.
Attaques armées contre les partis d’opposition
Le matin du 29 novembre, des hommes armés ont fait irruption dans plusieurs sièges de partis politiques à Bissau, dont celui du PAIGC, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, ainsi que celui du PRS, le Parti de la rénovation sociale, dont Fernando Dias est le candidat à la présidence. Les assaillants ont chassé les employés et dévasté les bureaux. Selon les responsables du PAIGC, les assaillants ont tenté d’introduire des armes dans les locaux afin de monter des preuves pour accuser le parti d’activités illégales. En fin de journée, des militaires étaient encore postés autour du siège du PAIGC, amplifiant les craintes d’une escalade de la violence.
Mouniro Conté, porte-parole du PAIGC, a exprimé à RFI son inquiétude face à cette attaque, soulignant qu’il pourrait s’agir d’un plan orchestré pour discréditer le parti, déjà sous pression après la contestation des résultats électoraux. Le candidat Fernando Dias, soutenu par le PAIGC, a, lui, été contraint de se cacher, tandis que l’ancien Premier ministre Domingos Simões Pereira, leader du PAIGC, demeure détenu au ministère de l’Intérieur.
Au quartier de Hafia, toujours dans la capitale, des jeunes manifestants ont été arrêtés de manière violente alors qu’ils protestaient contre la situation politique. Bubacar Turé, président de la Ligue des droits de l’homme, a dénoncé ces arrestations musclées, sans que l’on sache où les détenus sont emmenés. Ces événements s’inscrivent dans un climat de répression accrue qui suit le coup d’Etat du 26 novembre.
La CEDEAO repousse sa mission à lundi, le nouveau gouvernement dévoilé
La mission de la CEDEAO initialement attendue à Bissau ce samedi, a été reportée à lundi, un retard qui a exacerbé la frustration des opposants. Maître Saïd Larifou, avocat de Domingos Simões Pereira, a exprimé son mécontentement quant à l’inaction de l’organisation régionale : « La CEDEAO doit intervenir pour exiger la libération de Domingos Simões Pereira et d’Octave Lopez. Le Président sortant a manigancé ce coup d’État électoral et est protégé, tandis que ceux qui revendiquent la victoire sont persécutés. Cette situation est une agression grave qui exige une réponse internationale immédiate ».
En parallèle à ces événements de violence et de répression, les militaires qui ont pris le pouvoir ont annoncé la formation d’un gouvernement de transition de 22 ministres. Cette équipe est dominée par des civils, mais trois postes sont occupés par des militaires : un général de brigade, un général de division et un officier de marine.
Parmi les nominations, la figure de João Bernardo Vieira, neveu de l’ancien président assassiné Nino Vieira, a attiré l’attention. Il a été nommé ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et des Communautés. Ancien candidat à la présidence, João Bernardo Vieira est également reconnu pour son rôle sous les gouvernements de Domingos Simões Pereira.
Le gouvernement militaire a aussi reconduit plusieurs figures proches du précédent régime, telles que Carlos Pinto Pereira, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, et José Carlos Esteves, qui conserve son poste aux Travaux publics.


