
Deux jours après le renversement du président Umaro Sissoco Embaló, la junte militaire de Guinée-Bissau a installé ses dirigeants et annoncé une transition d’un an. En réaction, l’Union africaine a suspendu le pays, dénonçant un changement de pouvoir jugé contraire à l’ordre constitutionnel.
Deux jours seulement après le coup d’État qui a renversé le président Umaro Sissoco Embaló en Guinée-Bissau, la junte militaire a rapidement consolidé son pouvoir. Les militaires ont investi un général au poste de président pour une transition annoncée d’un an et nommé un nouveau Premier ministre. En réaction, l’Union africaine (UA) a appliqué sa politique de tolérance zéro en suspendant immédiatement la Guinée-Bissau de toutes ses instances.
La junte installe ses hommes et promet une transition
Le coup de force militaire, survenu le 26 novembre, a stoppé net l’attente des résultats des élections présidentielles et législatives du 23 novembre. Dès le jeudi, un général a été investi au poste de président de transition. Le vendredi 28 novembre, un nouveau Premier ministre a également été nommé par les putschistes, entérinant la prise de pouvoir par l’armée, qui a fixé la durée de cette transition à un an.
Le président déchu, Umaro Sissoco Embaló, a été arrêté en même temps que de hauts responsables et des dirigeants politiques du pays. Il est par la suite arrivé au Sénégal voisin.
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Tolérance zéro : l’UA condamne et suspend
L’Union africaine n’a pas tardé à réagir fermement. Le Président de la Commission de l’UA, S.E. Mahmoud Ali Youssouf, a « condamné sans équivoque » le coup d’État. Il a rappelé la politique de « tolérance zéro » de l’Union africaine à l’égard de tout changement inconstitutionnel de gouvernement, conformément à ses instruments normatifs fondamentaux, notamment l’Acte constitutif et la Charte africaine de la démocratie.
Par conséquent, l’organisation panafricaine a annoncé la suspension immédiate de la Guinée-Bissau de ses instances, une mesure symbolique visant à isoler le régime militaire sur la scène continentale.
Un coup d’État soupçonné d’être une « combine »
Le calendrier du coup d’État, survenu au moment où le pays s’apprêtait à annoncer les résultats officiels des élections, soulève de vives interrogations. Au Sénégal, le Premier ministre Ousmane Sonko a estimé que cette prise de pouvoir militaire était une « combine » visant à interrompre le processus électoral.
Ce soupçon est largement partagé par plusieurs experts régionaux, qui voient dans ce coup de force une manœuvre pour empêcher la proclamation de résultats potentiellement défavorables à certaines factions militaires ou politiques. L’UA a d’ailleurs souligné le caractère impératif du respect du processus électoral et a rappelé que seule la Commission nationale électorale (CNE) était l’institution légalement habilitée à proclamer les résultats.
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Appel à la libération et à la retenue
Tout en suspendant le pays, l’Union africaine a lancé un appel à la libération « immédiate et inconditionnelle » du Président Embaló ainsi que de tous les responsables détenus. Le Président de la Commission a également exhorté « l’ensemble des parties à faire preuve de la plus grande retenue » pour éviter toute détérioration supplémentaire de la situation.
L’UA a réaffirmé sa disponibilité à collaborer étroitement avec la CEDEAO et d’autres partenaires internationaux pour soutenir les efforts visant à restaurer la stabilité et l’ordre constitutionnel par le dialogue.



