
L’Occident s’est longtemps appuyé sur ses certitudes et sur le sentiment de sa supériorité. La guerre se prolonge aux portes de l’Europe sans susciter de réaction à la mesure de sa gravité, tandis que des pillages touchent plusieurs métropoles françaises. De quoi ébranler les certitudes de ceux qui, hier encore, donnaient des leçons au reste du monde.
Le désordre que l’Occident prétendait réguler chez les autres s’installe désormais au cœur de ses propres villes. Le conflit fratricide entre la Russie et l’Ukraine est entré dans la routine de l’actualité. En France, les violences urbaines prennent une ampleur inhabituelle : pillages organisés, règlements de comptes et climat d’insécurité touchent le pays qui se présente comme le berceau des Droits de l’Homme.
L’indifférence face à la guerre en Europe et le cynisme diplomatique
Chinua Achebe avait écrit Le Monde s’effondre, roman consacré aux bouleversements d’une société africaine. Aujourd’hui, c’est au tour du Nord de voir ses certitudes vaciller. Pendant des décennies, la diplomatie occidentale a distribué avec arrogance les bons et les mauvais points. Elle a exigé des cessez-le-feu immédiats dès les premiers tirs ailleurs dans le monde.
Aujourd’hui, la guerre en Europe de l’Est dure. Les dirigeants européens et nord-américains regardent cette guerre meurtrière sans proposer de perspective de paix durable. Ils se limitent à des discours martiaux et à des livraisons d’armes. La mort de milliers de jeunes hommes ne suscite plus d’indignation dans des chancelleries qui semblent avoir oublié leurs propres principes et ne parviennent pas à imaginer d’issue diplomatique.
La France touchée par les violences urbaines
Pendant que les combats se poursuivent à l’Est, l’Europe de l’Ouest connaît des scènes que l’on croyait réservées aux États dits défaillants.
La France donne à voir des images frappantes où des bandes de jeunes prennent le contrôle de centres-villes, des commerces sont dévalisés sous le regard des forces de l’ordre, des infrastructures publiques incendiées. Ces pillages méthodiques et ces violences gratuites rappellent, par leur brutalité, ce que l’on associait jusqu’ici à certaines crises africaines.
Des citoyens inquiets restent chez eux tandis que la rue est occupée par des casseurs et des incendiaires. L’État se montre incapable de protéger ses commerçants et d’assurer la sécurité de base, y compris dans ses avenues emblématiques. La violence est devenue, pour une partie de la population, un mode d’expression courant.
Chinua Achebe et le retournement des rôles
Avec son roman Things Fall Apart (Le Monde s’effondre), l’écrivain nigérian Chinua Achebe décrivait la dislocation d’un monde traditionnel sous l’effet de forces extérieures.
Aujourd’hui, la situation est inversée : les démocraties occidentales se fragilisent à cause de leurs propres dérives, alors que les nations africaines étaient jugées avec condescendance. L’Afrique, souvent présentée par les médias occidentaux comme un théâtre de désordre, observe ce changement. Le constat vaut pour l’ensemble du bloc occidental, où la violence progresse.
Des violences qui touchent l’ensemble du bloc occidental
Aux États-Unis, la violence par armes à feu est quotidienne, et les fusillades dans les écoles et les supermarchés sont traitées comme des faits divers. La première puissance économique mondiale vit sous la menace de ses propres citoyens armés et refuse de réformer sa culture des armes. En Australie et en Suède, longtemps réputées pour leur tranquillité sociale, des gangs criminels s’imposent et les attentats à la bombe dans les quartiers résidentiels se multiplient. L’Occident peine à maintenir la paix chez lui parce qu’il a placé la force, la consommation et le mépris de l’autre au rang de valeurs centrales.
La violence est désormais à l’intérieur de ses murs, avec une jeunesse désorientée et des dirigeants dépassés. Faute de garantir la paix internationale et la sécurité intérieure, l’Occident a perdu sa légitimité à prétendre guider l’humanité. La guerre prolongée en Ukraine, associée aux émeutes en France, montre une civilisation fragilisée, qui peine à faire prévaloir la raison sur son propre sol. Les leçons de morale se heurtent à la réalité d’un continent en difficulté, qui ne sait plus très bien pourquoi il se bat.





