
Le Cameroun confirme la mort de seize de ses ressortissants enrôlés par la Russie dans la guerre en Ukraine. Cette reconnaissance officielle, transmise par Moscou, révèle l’implication directe de citoyens africains dans le conflit. Les circonstances de leur engagement restent floues, tandis que les estimations évoquent des pertes plus importantes.
Le conflit en Europe de l’Est vient de prendre une dimension tragiquement concrète pour le Cameroun. Pour la toute première fois depuis le début des hostilités, une reconnaissance officielle lève le voile sur le sort des ressortissants africains engagés sur le front. Moscou a formellement confirmé le décès de seize militaires contractuels de nationalité camerounaise, tombés dans ce que le Kremlin appelle toujours son « opération militaire spéciale ». Cette annonce, transmise par l’ambassade de Russie à Yaoundé, marque un tournant dans la gestion diplomatique de cette crise par les autorités camerounaises.
Une reconnaissance officielle inédite à Yaoundé
Jusqu’ici, le silence entourait la présence de citoyens camerounais sur le théâtre des opérations ukrainien. La situation a changé suite à une note verbale datée du 5 mars, par laquelle Moscou a transmis une liste précise de défunts au ministère camerounais des Relations extérieures.
Ce dernier a par la suite utilisé les canaux de la radio publique CRTV pour inviter les familles concernées à se manifester. Si les circonstances exactes et les dates de ces décès restent pour l’heure inconnues, la démarche confirme une réalité longtemps restée au stade de la rumeur ou des enquêtes journalistiques.
Des chiffres alarmants et un recrutement opaque
Bien que Moscou n’ait confirmé que seize noms, la réalité du terrain pourrait être bien plus sombre. Selon les données relayées par le collectif d’investigation All Eyes on Wagner, le Cameroun se classerait comme le deuxième pays africain le plus touché par les pertes humaines dans ce conflit, juste derrière l’Égypte.
Les rapports d’investigation évoquent au moins 96 décès parmi plus de 330 Camerounais identifiés comme ayant rejoint les forces contractuelles russes. Ces hommes, qu’ils soient d’anciens militaires ou des civils en quête d’un avenir meilleur, sont souvent attirés par des promesses de salaires attractifs ou d’emplois stables, loin de se douter de la violence des combats qui les attendent.
Un phénomène qui inquiète le continent africain
Le cas du Cameroun illustre une tendance plus large qui suscite une vive émotion à travers l’Afrique. On estime que près de 1 800 Africains auraient été enrôlés par les forces russes ces dernières années. Plusieurs témoignages font état de méthodes de recrutement controversées, allant de la tromperie sur la nature du contrat à l’enrôlement forcé de travailleurs migrants.
Cette situation commence à provoquer des remous diplomatiques majeurs. Le Kenya, par exemple, a déjà haussé le ton et obtenu de la part de Moscou l’arrêt officiel du recrutement de ses ressortissants. Pour Yaoundé, ce premier aveu public pose désormais la question du suivi de ses citoyens encore présents sur le front et de la protection de ses jeunes face aux réseaux de recrutement de mercenaires.




