Guelma, musée à ciel ouvert

La région de Guelma, en Algérie, s’ingénie à dévoiler des traces antiques de son passé. C’est en tout cas l’impression que suggère la série de découvertes archéologiques révélées durant ces trois dernières années.

L’Algérie n’en finit pas de révéler son passé antique. Ces trois dernières années ont été riches en découvertes, plus particulièrement dans la région de Guelma. Dans l’ordre chronologique, découverte d’une nécropole à Hammam Meskhoutine en 1999, puis découverte au mois de mars 2000 d’un tronçon de route romaine reliant Aquae Thibilitanae (Hammam Meskhoutine) à Hippo-Regius (Annaba) qui aura permis de localiser le fameux site Ad Villam Servilianam dans l’actuel Galaât Bou Sbaâ. Vestige inconnu jusque-là et que même l’atlas « Archéologie de l’Algérie » de Stéphane Gsell ne mentionne pas.

Enfin, la découverte fortuite au mois d’avril dernier de deux tombes romaines à Bab Essoug, dans la ville de Guelma, par un citoyen alors qu’il effectuait des travaux de fondations de sa maison et, au début du mois de septembre, la découverte de deux sites archéologiques et d’un monument. Cette série de découvertes vient s’ajouter bien entendu à celles réalisées par le passé.

Réseau routier

Le premier site mis à jour au début du mois de septembre consiste en un tronçon de voie romaine ayant un tracé bien visible et situé à quatre kilomètres au sud-ouest de Guelma sur la rive gauche de l’oued Skhoun. Cette voie devait relier l’antique Calama (Guelma) à Thibilis (Sellawa Announa), en passant par Aïn Nechma sur la route de Bendjerrah – appelée jadis Populus Thabarbusitanis, un nom de connotation berbère.

Ce tronçon est protégé par les restes d’un poste d’observation dont l’emplacement domine toute la région environnante y compris Calama. Mourad Zerarka, chef d’antenne archéologique de Guelma, qui avait réussi à localiser le site de Ad Villam Servilianam évoqué précédemment, procède actuellement à des recherches, entre autres cartographiques, dans le but de mesurer la distance qui séparait l’antique Calama de Thibilis. Cette route, importante en son temps, figure dans le réseau routier de l’Afrique du Nord élaboré par Pierre Salama, mais sa distance exacte demeure inconnue à ce jour, ne figurant pas sur la table de Peutinger établie au milieu du IIIème siècle après J.-C.

Le deuxième site découvert au début du mois de septembre est une maison de campagne dont la construction remonte à l’époque romaine et se trouve située sur la rive droite de l’oued Zimba, dans la commune de Belkheïr, non loin de Guelma. Cette habitation devait contenir des pavements constitués de mosaïques intéressantes à en juger par l’une d’entre elles découverte à la suite d’intempéries ayant touché la région.

500 sites archéologiques

Le ruissellement des eaux a permis de dévoiler les abords d’une mosaïque polychrome qui serait probablement à motifs géométriques. Il faut noter que ces découvertes ont été faites dans le cadre des prospections que l’antenne archéologique de Guelma effectue régulièrement. Quant au monument, c’est en fait une citerne, destinée probablement à l’emmagasinage de l’eau qui a été signalée par un citoyen.

Cet ouvrage hydraulique se trouve non loin des bains romains à l’intérieur de l’ancienne caserne. Se référant à une monographie datant de 1842 et faite par M. Delamarre, un explorateur français, Mourad Zerarka évoque la possibilité que cette citerne fut alimentée par deux canaux, l’un provenant de oued Skhoun et le second de oued El Maïz.

Des éléments en pierre de cette conduite sont du reste exposés au jardin archéologique de Calama. Il est clair que la région de Guelma, riche de plus de cinq cents sites archéologiques, constitue un véritable musée à ciel ouvert.

N. Bencheikh