Goodluck Jonathan : un sudiste à la tête du Nigeria ?

Goodluck Jonathan deviendra-t-il président par intérim du Nigeria ? L’affaire est depuis jeudi entre les mains de la Haute Cour fédérale. La société civile souhaite que le vice-président assume les fonctions d’Umaru Yar’Adua, hospitalisé en Arabie Saoudite, alors que la sphère politique redoute que la règle tacite de l’alternance Nord-Sud à la tête du pays soit enfreinte.

La Haute cour fédérale du Nigeria se penche depuis jeudi sur trois requêtes dont l’objet est de faire officiellement du vice-président Goodluck Jonathan le « président par intérim ». L’association du barreau du Nigeria (NBA), l’avocat et militant des droits de l’homme Femi Falana et l’ancien parlementaire Farouk Adamu Aliyu sont à l’origine de ces trois requêtes distinctes. Le Chef de l’Etat Umaru Yar’Adua, gravement malade, est hospitalisé à Jeddah, en Arabie saoudite, depuis le 23 novembre et les Nigérians ont manifesté leur mécontentement face au vide laissé au sommet de l’Etat. D’autant que le président Yar’Adua refuse de déléguer le pouvoir exécutif.

La Cour fédérale a été ainsi saisie le 11 janvier par l’avocat Christopher Onwuekwe. En réponse à cette requête, elle a ordonné mercredi à Goodluck Jonathan « de commencer à exercer les pouvoirs du président Umaru Yar’Adua jusqu’à son rétablissement et son retour à son bureau ». Une mesure qui ne fait pas de lui un président par intérim, d’après la Constitution de 1999. Interrogé par le quotidien nigérian The Vanguard, l’avocat Bamidele Aturu, exerçant à Lagos, note que la cour a seulement indiqué que le vice-président « pouvait assurer les fonctions du président en son absence ». Une injonction qui reste néanmoins floue, selon lui : « On ne sait pas s’il (le juge en chef de la Haute Cour) fait référence aux sections 144, 145 et 146 de la Constitution (qui se rapportent à la situation actuelle du Nigeria)».

Le président Yar’Adua a tenté de rassurer ses concitoyens mardi dernier, pour la première fois depuis le début de son hospitalisation, sur les antennes de la radio britannique BBC. «Je suis pour l’instant un traitement (…) , a affirmé le chef d’Etat nigérian. J’espère que très bientôt il y aura de très importants progrès qui me permettront de rentrer chez moi ».

L’équilibre du pouvoir

L’investiture probable du vice-président, comme le souhaite la société civile, met en émoi la classe politique nigériane. Le principe de l’alternance Nord-Sud à la tête de la magistrature suprême serait remis en cause. Un sudiste prendrait les rênes du pouvoir avant le scrutin de 2011. Goodluck Jonathan, 52 ans, est, ironie du sort, originaire du delta du Niger miné par une rébellion qui réclame un partage équitable de la manne pétrolière exploitée dans la région avec l’Etat fédéral.

Le zoologue de formation est entré en politique en 1998. Sa carrière, assez fulgurante mais sans éclat, le mènera à être le colistier de l’actuel président aux élections d’avril 2007, marquées par de nombreuses irrégularités. Le duo qu’il forme d’ailleurs avec Yar’Adua reste une énigme dont seul le Parti démocratique du peuple (PDP), la plus importante formation politique nigériane a les clés.

Néanmoins, si les raisons du choix de Yar’Adua demeurent mystérieuses, Goodluck Jonathan aurait été choisi pour son intégrité face à la nécessité impérieuse de respecter le fameux équilibre Nord-Sud (un président nordiste et musulman et un vice-président sudiste et chrétien) à la tête de l’Etat.
Et comme pour démontrer qu’il y avait encore toute sa place,
le diplomate Abdullah Aminchi a confié jeudi à l’agence Reuters qu’il savait « avec certitude » qu’Umaru Yar’Adua « pourra quitter (l’hôpital) très prochainement ». Aucune date n’a néanmoins été avancée.

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