Gestion migratoire : le Burundi rejoint le cercle des centres de tri des États-Unis en Afrique


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Evariste Ndayishimiye, Président du Burundi
Le Président du Burundi, Evariste Ndayishimiye

Face au durcissement sans précédent des contrôles à ses frontières, Washington accélère l’externalisation massive de sa politique d’expulsion vers le continent africain. Après la République Démocratique du Congo, la Guinée équatoriale ou la Centrafrique, c’est au tour du Burundi d’officialiser son adhésion à cette stratégie de sous-traitance migratoire transcontinentale.

La Présidence burundaise a confirmé l’accueil imminent de dizaines de migrants expulsés des États-Unis. Y compris des personnes sans aucun lien avec le pays. Cette délocalisation orchestrée par la Maison-Blanche soulève de lourdes interrogations souveraines, qui transforment les États africains en centres de transit. L’accord qui lie désormais les États-Unis à plusieurs capitales africaines dessine une nouvelle cartographie des flux migratoires mondiaux.

Une nouvelle cartographie des transferts transatlantiques

La RDC figure parmi les premiers pays à avoir accueilli un vol affrété par les autorités américaines. C’était en avril dernier. L’avion a atterri sur le tarmac de l’aéroport international de Ndjili à Kinshasa. À son bord, quinze ressortissants d’Amérique latine, de nationalités péruvienne, colombienne et équatorienne. Les migrants ont été débarqués sous haute sécurité. Ce contingent, avait-on confié, inaugurait un pont aérien régulier qui devrait s’intensifier au rythme de 50 à 100 transferts mensuels.

En parallèle, un autre charter s’apprête à décoller de Louisiane pour le Burundi. Pour justifier ce rôle de terre d’accueil de substitution, la porte-parole du président burundais, Nancy Ninette Mutoni, invoque la tradition d’accueil du pays et la volonté de consolider l’axe diplomatique avec Washington. Gitega pose néanmoins ses conditions pour rassurer sa population. Le Burundi n’acceptera que des profils ne faisant l’objet d’aucune poursuite pénale et sans lien avec le terrorisme international.

Les motivations financières de la délocalisation migratoire

À Kinshasa comme à Bujumbura, l’encadrement logistique et linguistique revient à l’Organisation internationale pour les migrations. L’OIM mobilise des interprètes hispanophones pour gérer ces populations. Au-delà des justifications humanitaires, ce sont surtout les compensations financières qui guident le pragmatisme des gouvernements africains. L’intégralité des coûts opérationnels est entièrement prise en charge par les fonds fédéraux américains.

Cela part de l’hébergement de transit au rapatriement final vers les pays d’origine. Pour des nations aux budgets limités et confrontées à de grands défis sécuritaires internes, comme le Liberia, ces accords discrets, négociés à l’abri des débats parlementaires, représentent une bouffée d’oxygène budgétaire non négligeable ainsi qu’une monnaie d’échange géopolitique capitale pour asseoir leurs relations directes avec la Maison-Blanche.

L’Afrique réceptacle de populations jugées indésirables

Cette sous-traitance des flux migratoires suscite de vives protestations de la part des organisations de défense des droits humains. L’opacité totale qui entoure les protocoles bilatéraux nourrit les inquiétudes quant au respect du droit d’asile et de la dignité des personnes transférées. Après les controverses du modèle britannique, l’administration américaine réussit à imposer l’Afrique comme le réceptacle de populations jugées indésirables sur son sol.

En acceptant de monnayer cet accueil temporaire, la RDC ou le Burundi s’exposent à de graves crises de gestion tout en actant une dépendance inédite.

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