Georges Bayonne Castador à Pointe Noire


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Georges Bayonne
Georges Bayonne

Certains disent que c’est le temple de la Rumba congolaise, d’autres disent que c’est un monument historique, un musée, un conservatoire à nul autre pareil en République du Congo. Planté au milieu du Grand marché de Pointe Noire, « Chez Castador » est une buvette des années 60, où l’on dépoussière les vinyles de la belle époque, celle des African Jazz, des Bantous de la capitale ou de Tabu Ley Rochereau…

Au second étage d’une maison ouverte au vent du Grand marché, Georges Bayonne Castador règne en maitre absolu des platines. La Rumba congolaise, il la connaît sur le bout de ses doigts. Sur les étagères, dans les cartons ou à même le sol, des centaines et des centaines de 45 et 33 T des deux Congo, mais aussi de la France des sixties, à l’époque où Ponton La Belle dansait encore le Boléro ou le Cha Cha Cha. « Il y avait bien avant, du côté de Fond Tié-Tié, « Jeudi Soir » où jouaient des orchestres, mais il a disparu », regrette un vieux papa sagement assis devant une Turbo King ou, si vous préférez, « une affaire d’homme « . Si la richesse culturelle musicale du Congo-Brazzaville fleurit dans les mémoires, les mélomanes déplorent un sérieux manque de technique de conservation des précieux disques de l’âge d’or de la Rumba.

L’enfance de Georges Bayonne Castador a quant à elle été toujours rythmée par la musique « Le père ne parlait pas beaucoup. Notre quotidien, c’était l’école ou la maison, je fréquentais le Lycée Karl Marx. Aller au Cinéma Rex relevait d’un véritable courage. Alors, j’écoutais de la musique, initié par les grands du quartier aux refrains de Joseph Kabasele Tshamala, dit « Le Grand Kallé « . Le reste du temps j’aidais le vieux à vendre ».

Ça pourrait être l’histoire de la Rumba, mais c’est aussi une histoire de famille. Avec ses sœurs, au décès de son père, Georges prend en main l’établissement. Aujourd’hui, sa fille Fatou est venue aider à préparer le Maboké « Ici, on écoute de la musique en dégustant une bière locale mais on peut aussi manger à bon prix, c’est un endroit très convivial ». Quoique teintée d’une certaine nostalgie, la joie de vivre respire ici à pleins poumons : « De table en table, on échange aussi sur les questions de société, de religion, d’économie », surenchérit Roland, chirurgien à l’hôpital de Loandjili.

« Chez Castador » est sans aucun doute le temple incontournable de la Rumba Congolaise, comme en témoigne le passage du groupe « Radio Libanga » venu ce matin pour un shooting photo. Des artistes y sont venus réaliser leur clip, comme le célèbre Youlou Mabiala ou bien encore Isso de la RDC, d’autres artistes encore… « C’est un lieu culturel c’est certain. Il m’arrive aussi très souvent de dépanner des chaînes de télévision ou des radios qui cherchent un collector, une perle rare » esquisse Georges dans un large sourire, avant d’entamer quelques pas de danse sur un air du Grand Maître Franco.

Dépoussiérant un vieux 45 tours qu’il pose délicatement sur sa platine, Georges Bayonne Castador dit connaître tous les morceaux d’hier par cœur. « Cela ne s’arrête pas au Congo d’ailleurs, je peux te jouer une vieillerie de Rumba Cubaine si tu préfères »…

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